83. Anonyme (entourage de Cornelis van Poelenburch ou de Bartholomeus Breenbergh)

Entrée de la grotte du Pausilippe près de Naples

Le tunnel romain long de plus de 700 mètres situé entre Pozzuoli (Pouzzoles) et Naples, également appelé la « Grotte de Virgile », a fasciné de nombreux artistes au cours des siècles. Willem van Nieulandt (1584-1635) et Willem Schellinks (1627-1678), comme les générations de peintres successives qui ont fait le voyage en Italie, ont souhaité représenter ce passage creusé par l’homme1. Notre feuille représente l’entrée côté est, orientée vers Naples. C’est à cet endroit, au-dessus de la voie antique et à gauche de l’entrée, que se trouverait, selon une légende séculaire, le tombeau du poète Virgile. Le cinéraire, petite construction en pierre recouverte d’un dôme, est caché à la vue du spectateur – il est en revanche représenté dans un dessin de Joseph-Benoît Suvée de 1775 (voir cat. n° 70).

Selon l’ancienne inscription au verso, datant probablement du XVIIIe siècle, notre feuille aurait été dessinée par Schellinks. Le lavis abondant et grossièrement appliqué et l’indication sommaire du feuillage, ne lui ressemblent pourtant pas. Jeroen Giltaij et Ingrid Oud ont suggéré de l’attribuer à un artiste travaillant dans l’entourage de Bartholomeus Breenbergh (1598-1657)2. Peter Schatborn rapproche le dessin de l’œuvre de Cornelis van Poelenburch (1594-1667)3. Les deux artistes étaient actifs à Rome vers 1620. Leurs techniques, reconnaissables aux larges lavis d’encre brune et à l’utilisation du blanc du papier laissé en réserve pour les effets de lumière, présentent parfois de telles analogies qu’il est difficile de les différencier. Entrée de la grotte du Pausilippe près de Naples trahit donc tout à la fois de fortes similitudes avec les dessins de Breenbergh, comme la végétation sommairement représentée au pinceau et l’encre brun foncé4, en même temps que des ressemblances avec la manière de Poelenburch dans le graphisme bouclé, et quelque peu répétitif, des feuilles5.

Le dessin provient de la collection de Johan Quirijn van Regteren Altena (1899-1980), un des plus grands collectionneurs de dessins du siècle dernier aux Pays-Bas et un redoutable concurrent de Frits Lugt dans les ventes publiques. Comme Lugt, Van Regteren Altena a hésité entre une carrière d’artiste et le métier d’historien d’art6. Il choisit finalement de suivre une formation en histoire de l’art, notamment sur les conseils de Lugt, qu’il termine en 1929 à l’université d’Utrecht. Pendant ses études, Van Regteren Altena travaille auprès de Lugt comme assistant, après quoi il se met au service de son oncle, le marchand d’art Nicolaas Beets (1878-1963). Les fonds qu’il pouvait investir dans sa collection de dessins diminuent cependant quand il commence sa carrière dans les musées. Il a été conservateur du musée Fodor, du musée Willet-Holthuysen et du musée historique de la ville d’Amsterdam avant d’être nommé en 1948 directeur du cabinet des arts graphiques du Rijksmuseum d’Amsterdam. Plus de 30 ans après sa mort, le reste de sa collection, qui rassemblait encore près de 1 100 dessins, a été vendu aux enchères puis dispersé à travers le monde. Fidèle à l’esprit de son fondateur, qui partageait avec Van Regteren Altena une prédilection pour les dessins d’artistes ayant travaillé en Italie, la Fondation Custodia a souhaité acquérir Entrée de la grotte du Pausilippe près de Naples. MR

1Peter Schatborn, Drawn to Warmth. 17th-century Dutch artists in Italy, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, 2001, p. 174-176.

2Jeroen Giltaij, Le Cabinet d’un amateur. Dessins flamands et hollandais des XVIe et XVIIe siècles d’une collection privée d’Amsterdam, cat. exp., Rotterdam, Museum Boijmans van Beuningen, Paris, Institut Néerlandais, et Bruxelles, Bibliothèque royale Albert Ier, 1976-1977, sous le cat. n° 122 ; Ingrid Oud, Michiel Jonker et Marijn Schapelhouman, In de ban van Italië. Tekeningen uit een Amsterdamse verzameling, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, 1995, p. 37, n° 13.

3Voir le descriptif de la vente, Amsterdam (Christie’s), 13 mai 2015, n° 277.

4Cf. Paris, Musée du Louvre, inv. 22545 (plume et encre brune, lavis gris-brun, sur des traces de pierre noire ; 383 × 516 mm) ; Schatborn 2001, op. cit. (note 1), p. 69, fig. F ; http://arts-graphiques.louvre.fr.

5Cf. Amsterdam, Rijksmuseum, inv. RP-T-1989-89 (plume, pinceau et encre brune, sur des traces de pierre noire ; 307 × 220 mm. Inscrit à l’encre brune par l’artiste, en bas à droite : « ­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­in roomen 1622 ») ; Schatborn 2001, op. cit. (note 1), p. 59, fig. D ; https://www.rijksmuseum.nl/nl/zoeken.

6J.F. Heijbroek, Frits Lugt 1884-1970. Living for Art, Bussum, 2010, p. 172 ; et Frits Lugt, Les Marques de collections de dessins & d’estampes, édition en ligne, sous la réf. L.4617 .