La vitrine des acquisitions

Printemps 2021

Régulièrement, la vitrine du vestibule de l’hôtel Turgot se garnit d’une nouvelle sélection parmi les œuvres les plus récemment acquises par la Fondation Custodia. Guidé par l’inspiration du moment, ce choix part souvent d’un sentiment particulier pour une œuvre et se développe dans la volonté de raconter une histoire autour et avec elle. Comme dans une véritable petite exposition, les œuvres réunies se lancent alors dans un dialogue visuel, iconographique, technique, temporel, ou tout cela à la fois.

La vitrine des acquisitions
Hôtel Turgot, avril 2021

Au centre de cette présentation prennent place deux portraits en miniature offerts à la Fondation par un ami bruxellois. En l’An 8 (1799-1800), Pierre de Saint-Pierre et son épouse, née Marie Texier, sont figurés de profil, sur fond sombre, selon l’habitude de Charles Bourgois, miniaturiste, mais aussi physicien et chimiste. Vitrine dans la vitrine, l’encadrement qui les abrite, tapissé d’un velours brun-rouge un peu passé, vient parfaire leur caractère précieux et raffiné.

Albert Besnard (Paris 1849 – 1934 Paris), Une paire de pantoufles
Aquarelle, 127 × 245 mm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2021-T.1

Des portraits en présence, au portrait par l’absence. Avec sa sensibilité de peintre naturaliste, Albert Besnard a quant à lui accordé toute son attention à un sujet modeste et ordinaire, objet de l’intime par excellence : une paire de chaussons. En quelques touches d’aquarelle, de brun, de gris et de vert, il donne vie à ces pantoufles, le talon cassé pour un moindre effort et pour le confort, usées à force d’être chaussées, déformés par les pieds de celui qui les a longtemps portées.

Attribué à Jan Baptist Weenix (Amsterdam 1621 – 1659/61 De Haar), Étude d’une paire de sandales et d’un cor de chasse
Pierre noire et craie blanche, 190 × 314 mm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2021-T.3

Des chaussures d’intérieur, aux chaussures d’extérieur. Le Hollandais Jan Baptist Weenix, deux siècles plus tôt, s’était attardé, lui aussi, sur une paire de souliers qu’il avait pu voir lors de son séjour en Italie. Les sandales qu’il a dessinées d’un trait vigoureux à la pierre noire, étaient celles d’un chasseur qui, outre s’être déchaussé, avait déposé non loin son cor de chasse. Avait-il eu l’occasion de croiser un cervidé, ou la déesse de la chasse elle-même ?

Anonyme, école de Fontainebleau (?), XVIe siècle, Diane
Gravure sur bois en chiaroscuro, 115 × 158 mm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2020-P.51

Cette dernière est représentée un peu plus haut, dans une gravure en clair-obscur. Assise dans une posture langoureuse, appuyée sur un vase d’où jaillit de l’eau, entourée de nombreux animaux, cette Diane nous évoque le grand bronze que Benvenuto Cellini réalisa à la demande de François Ier pour son château de Fontainebleau (aujourd’hui au Louvre). Cette très rare gravure – il n’en existe que deux autres exemplaires dans le monde, à Vienne et à Chicago – pourrait avoir été réalisée par un artiste de cette même école.

Bernardo Cavallino (Naples 1616 – 1656 Naples), Diane, en buste, le regard tourné vers la gauche
Sanguine, 149 × 141 mm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2021-T.6

De la Diane bellifontaine à la Diane italienne. Dans le dessin de Bernardino Cavallino – l’un des huit dessins assurés de sa main et connus aujourd’hui –, sans ses animaux, ni ses flèches, Diane se laisse reconnaître par le croissant rapidement esquissé dans sa coiffure. L’artiste italien définit en quelques lignes l’inclinaison élégante de sa tête, le mouvement de ses cheveux et du drapé sur son épaule. Puis la sanguine s’attarde, fronce les sourcils, abaisse son regard et entrouvre sa bouche. Une expression de détresse, de colère ou de surprise se dessine sur son visage, probablement en réaction à une rencontre inconvenante que seul le peintre connaissait.