Atelier de restauration

L’atelier de conservation et de restauration d’œuvres graphiques

Historique

Frits Lugt s’est préoccupé, dès les années 60, de la conservation de sa collection d’œuvres sur papier installée dans ses nouveaux locaux du 121 rue de Lille à Paris. Peter Poldervaart, restaurateur d’œuvres graphiques, est sollicité alors pour assurer la restauration et le montage pendant quelques années, avant de prendre la direction de l’atelier de restauration du Rijksprentenkabinet d’Amsterdam.

En 1970, le nouveau directeur Carlos van Hasselt, importe les principes de conservation employés dans les musées hollandais. La fabrication des montages s’améliore grâce à l’acquisition de carton de qualité de fabrication hollandaise.

En 1973, Carlo James devient responsable de la conservation matérielle des dessins et estampes. Il se consacre d’abord, et de façon systématique, à la collection d’estampes, montées encore pour une grande partie sur des cartons acides conservés dans des boîtes et des portefeuilles de qualité insuffisante ou fixées dans des albums. Les estampes sont désormais conservées dans des montages de couleur ivoire et dans des boîtes de conservation de formats standards. Enseignant dès 1980 auprès du département des restaurateurs à l’IFROA (aujourd’hui Institut National du Patrimoine), Carlo James a publié ses recherches sur la conservation des dessins et estampes dans plusieurs ouvrages et articles (cf. E-newsletter n° 3, décembre 2012, p. 16).

L’atelier aujourd’hui

En 2005, une de ses anciennes élèves de l’Institut National du Patrimoine, Corinne Letessier, le remplace. Une approche nouvelle de la conservation préventive est intégrée depuis dans les nombreuses activités de l’atelier qui participe désormais au contrôle du climat des expositions, à l’aménagement des réserves, à l’évaluation de l’état des collections et à la rédaction des constats d’état des œuvres pour les prêts, à l’établissement d’un plan d’urgence et à l’organisation de campagnes de prévention et de restauration (cf. E-newletter n° 5, juillet 2013, p. 25 et E-newsletter n° 7, juillet 2014, p. 32).

Une spécificité pour la présentation

La collection de dessins anciens, antérieurs au milieu du XIXe siècle, est conservée depuis son origine dans un esprit particulier afin de restituer l’atmosphère d’un cabinet de collectionneur. Les montages, réalisés avec des cartons colorés à la main, sont glissés dans d’authentiques reliures des XVIe au XIXe siècles italiennes, françaises et néerlandaises dont les feuilles vierges sont soit d’origine, soit remplacées par des papiers de fabrication récente de bonne qualité. Les cartons utilisés sont fins afin d’éviter la dégradation des reliures.

Ce mode de conservation, voulu par Frits Lugt, doit être compatible avec les normes actuelles : utilisation de matériaux stables et sécurité lors des manipulations. Le travail du restaurateur consiste alors à proposer des compromis entre choix esthétique et préservation.

Selon le souhait de notre fondateur, les dessins sont parfois présentés dans des cadres anciens lors d’expositions temporaires (voir le dépliant Dans le cadre de Rembrandt et son cercle. Les dessins de la Collection Frits Lugt et leurs cadres anciens, Institut Néerlandais, 2011). Cette démarche nécessite un important travail de préparation : fabrication de montages colorés sur mesure, restauration et constat d’état des cadres avant le transport. Le caractère subjectif de ces présentations est un choix qui nous distingue d’autres institutions qui optent plus volontiers pour une présentation neutre.

En ce qui concerne les fonds d’estampes et dessins postérieurs au milieu du XIXe siècle, les montages traditionnels constitués d’une fenêtre et d’un carton de fond sont progressivement remplacés par des chemises rigides sans ouvertures en adéquation avec les nouvelles recherches effectuées aux Pays-Bas sur les montages d’œuvres graphiques, ce qui permettrait de limiter l’impact des micro-environnements à l’intérieur des boîtes de conservation (cf. E-newsletter n° 5, juillet 2013, p. 25).

Décollage d’une gravure sur bois en clair-obscur d’Andrea Andreani, Le passage de la Mer Rouge, 1589
inv. 2009-P.12

La transmission des connaissances

La collaboration avec les organismes de formation, initiée par les directeurs précédents, se poursuit aujourd’hui sous la forme de cours donnés à la Fondation Custodia auprès d’étudiants en restauration, de l’École du Louvre et de professionnels des musées (conservateurs, régisseurs, conférenciers) (cf. E-newsletter n° 1, juin 2012, p. 10). Dans le cadre de l’enseignement de la restauration, l’accent est mis sur l’observation des œuvres. Cet aspect est fondamental pour l’exercice du métier car il permet de développer une expertise technique qui vient compléter la perception des historiens de l’art. L’existence de cet atelier reflète l’importance donnée par la Fondation Custodia depuis son origine à l’un des aspects importants de sa mission : la conservation matérielle des œuvres et leur connaissance technique.