Don d’un tableau de François Bonvin et d’une aquarelle d’Henry Monnier

En mémoire de Robert Stoppenbach (1948–2020)

La Fondation Custodia, qui se veut au service de l’histoire de l’art, est une institution où de nombreux marchands aiment partager leur amour pour les œuvres d’art. Trois d’entre eux – Jean-Pierre Selz, Jane Roberts et Robert Stoppenbach –, unis par une amitié profonde, ont été inspirés par ce lieu.

Avec Ger Luijten, son directeur, ils ont eu plusieurs fois l’occasion d’échanger sur l’art, une passion commune aujourd’hui couronnée par deux donations.

Le 26 décembre 2020, le marchand Bob Stoppenbach s’est brusquement effondré en plein cœur de Londres. Pour lui rendre hommage et témoigner son profond respect et sa sincère amitié, son confrère Jean-Pierre Selz offre à la Fondation Custodia un tableau de François Bonvin (1817-1887). Intitulé La Ménagère et daté de 1865, il représente une cuisinière dans un intérieur domestique. Penchée au-dessus du repas qu’elle prépare, elle coupe une large miche de pain. Ce personnage est typique des figures populaires dont François Bonvin s’attacha à représenter le quotidien. Le tableau montre aussi à quel point son regard était tourné vers les maîtres hollandais du XVIIe siècle, sur lesquels il fonda son approche réaliste. Cet intérêt pour l’art hollandais du Siècle d’or fait écho au cœur de la collection de la Fondation Custodia qui s’intéresse aussi à la façon dont il fut perçu au cours des siècles.

Un autre marchand d’art, Jane Roberts, a également décidé de commémorer son amitié avec Robert Stoppenbach en faisant don à la Fondation Custodia d’une aquarelle d’Henry Monnier (1799-1877), qui vient s’ajouter aux quatre feuilles de l’artiste déjà conservées par la Fondation Custodia. Monnier était un personnage haut en couleur du milieu artistique et culturel de la Butte de Montmartre. Auteur, metteur en scène, chansonnier et acteur, il était aussi habile lithographe et dessinateur. Cette aquarelle appartient à sa série des « Salons sombres » que les frères Goncourt décrivaient « comme des conversations niaises où l’on ne dit rien ». Monnier y représentait avec son humour pinçant les mœurs – et l’ennui – de la vie bourgeoise parisienne.

  • François Bonvin (1817-1887), La Ménagère, 1865
    Huile sur toile, 55,6 × 38,8 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2021-S.61
  • Henry Monnier (1799-1877), Portrait de groupe dans un intérieur, 1870
    Plume et encre brune, aquarelle et gouache sur un tracé au graphite, 233 × 139 mm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2021-T.73

« On pense peut-être qu’il y a une animosité entre les marchands d’art qui chinent pour trouver des trésors, mais ces donations prouvent néanmoins qu’il existe une amitié profonde entre marchands. Dans le cadre de la Fondation Custodia, on note aussi des liens amicaux forts entre l’Institution et les marchands. Depuis l’initiative de Jean-Pierre et Donatienne Selz, Jean-Pierre nous a quittés le 13 novembre 2021. Après avoir vécu une existence riche de bonheurs, de trouvailles inimaginables et emplie d’amitiés, il nous manque. Salut Jean-Pierre ! » Ger Luijten

Robert Stoppenbach avait créé avec François Delestre une galerie de peintures modernes à Londres à Cork Street, dans le quartier de Mayfair.

Pendant quarante ans, les deux amis y ont présenté de la peinture française des XIXe et XXe siècles : des tableaux importants de Camille Corot, Gustave Courbet, Henri Harpignies, Henri Fantin-Latour, Gustave Loiseau ou Paul Signac, mais aussi des œuvres d’artistes moins connus tels que François Bonvin, Louis Welden Hawkins, Maxime Dethomas ou Ludovic Piette.

Leur expertise s’est imposée à travers les années et leurs conseils ont été suivis tant par la Tate Gallery que par la National Gallery of Art de Washington ou l’Art Institute de Chicago. Acteurs incontournables du marché de l’art, Robert Stoppenbach et François Delestre ont également participé à de nombreuses foires internationales, dont la TEFAF.