Peindre en plein air 1780–1870

Sur le motif

du 3 décembre 2021 au 3 avril 2022

Heures d’ouverture : de 12h à 18h, tous les jours sauf le lundi

 

L’exposition réunissant plus de cent cinquante études à l’huile appartenant à la Fondation Custodia à Paris, à la National Gallery of Art de Washington, au Fitzwilliam Museum de Cambridge et à une collection particulière, propose une nouvelle approche de la peinture de plein air en Europe entre 1780 et 1870.

Présentation

À la croisée de la peinture et du dessin, ces études de petit format étaient généralement exécutées sur papier. Peintes rapidement sur le motif, elles avaient pour objectif d’exercer l’œil et la main à saisir les fugitifs effets de lumière et de couleur. Parfois terminées ultérieurement en atelier, elles n’étaient toutefois pas conçues comme des œuvres finies destinées à être exposées ou vendues et n’étaient connues que d’un cercle très restreint d’amis, de collègues ou d’élèves. Mais leur fraîcheur et leur immédiateté les rendent aujourd’hui souvent plus séduisantes que l’essentiel de l’œuvre officiel de ces mêmes artistes.

L’esquisse de plein air à l’huile, sur papier ou sur toile, fut adoptée par des artistes originaires de l’Europe entière, et au-delà. Le visiteur trouvera donc dans l’exposition des œuvres de Pierre-Henri de Valenciennes, Achille-Etna Michallon, Camille Corot, Rosa Bonheur, John Constable, Joseph Mallord William Turner, Christoffer Wilhelm Eckersberg, Johan Thomas Lundbye, Vilhelm Kyhn, Johann Martin von Rohden, Carl Blechen et bien d’autres encore. Le parcours n’est ni chronologique, ni organisé par écoles, mais se structure autour des motifs abordés : arbres, rochers, l’eau sous ses multiples formes, volcans, ciels, toits, Rome et la campagne romaine, Capri.

Louis Léopold Robert (Les Eplatures, Neuchâtel 1794 – 1835 Venise), Vue de Naples avec le Vésuve, 1821
Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 18,5 × 28,6 cm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, legs de Carlos van Hasselt et Andrzej Niewęgłowski, Paris, inv. 2010-S.7

Peindre en plein air

Une première section pose la question essentielle du sens : que veut dire « peindre en plein air » ? Évoquant la sensation née de la confrontation avec la nature, ces œuvres engagent également le visiteur à s’interroger sur les modalités pratiques du travail en extérieur. Les artistes avaient en effet à transporter le matériel nécessaire sur des trajets parfois fort longs pour atteindre des lieux reculés. Dans sa vue de Bozen, Coignet représente l’attirail requis du peintre de plein air – boîte de peinture, siège pliant, parasol – avec autant de soin que le grandiose paysage de montagnes.

Jules Coignet (Paris 1798 – 1860 Paris), Vue de Bozen avec un peintre, 1837
Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 31 × 39 cm
National Gallery of Art, Washington, D. C., don de Mme John Jay Ide en mémoire de M. et Mme William Henry Donner, inv. 1994.52.1

Arbres

L’arbre constitue, pour le peintre de paysage, un motif fondamental. On trouve dans cette section de minutieuses études d’arbres isolés ou en groupes, qui restituent fidèlement et dans les moindres détails l’écorce, les mousses, branches et racines, et plus encore les feuillages. Pionnier de la peinture de plein air, Simon Denis nous offre ainsi un gros plan sur un arbre que baigne une lumière dorée. Quelques décennies plus tard, l’artiste danois Janus La Cour livrait une méticuleuse étude d’un bosquet de vieux oliviers. L’inscription qui y figure, « Tivoli 18–30 avril » laisse penser qu’il revint sur le motif plusieurs jours de suite pour de brèves séances de travail, s’assurant ainsi de bénéficier des mêmes conditions de luminosité.

  • Simon Denis (Anvers 1755 – 1813 Naples), Arbres devant une vallée
    Huile sur toile. – 68,8 × 91,1 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2017-S.18
  • Janus La Cour (Thimagard, près de Ringkøbing 1837 – 1909 Odder, Danemark), Oliviers près de Tivoli, 1869
    Huile sur toile. – 37,4 × 60,5 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2012-S.7

Eaux : cascades et rivages

Motif particulièrement séduisant, l’eau confrontait le peintre de plein air à de multiples défis : dépeindre la déconcertante transparence d’un élément insaisissable dans ses perpétuelles métamorphoses et la gageure de restituer à l’huile le rythme envoûtant des vagues, des courants et de la houle. L’Allemand Christian Morgenstern capte la furie des eaux tumultueuses d’une cascade sur le cours de la Traun, en Bavière. L’esquisse du Baron Gérard évoque, d’une touche très libre, la puissance d’une mer déchaînée et des vagues déferlantes sur un fond rouge orangé qu’embrase le soleil couchant. L’artiste ne vise ici pas tant à décrire un lieu précis qu’à évoquer la mystérieuse immensité de la mer qui enflammait les imaginations romantiques.

  • Christian Ernst Bernhard Morgenstern (Hambourg 1805 – 1867 Munich), Chutes de la rivière Traun, Autriche, 1826
    Huile sur papier. – 28 × 36,4 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2019-S.16
  • Baron François Gérard (Rome 1770 – 1837 Paris), Une étude de vagues se brisant sur des rochers au coucher du soleil
    Huile sur carton. – 31,2 × 38,5 cm
    Collection particulière

Rochers, cavernes et grottes

Formes, couleurs et textures de la croûte terrestre constituaient, par leur variété, un sujet tout aussi fascinant pour une étude de paysage. Dans une étonnante étude de Vilhelm Kyhn, les rochers sont minutieusement rendus dans des tons de brun et de gris-bleu, les eaux calmes se réduisant à un arrière-plan quasi abstrait. En Italie, les grottes et cavernes qui abondent dans les zones volcaniques exerçaient sur les artistes un attrait tout particulier, et Louise-Joséphine Sarazin de Belmont, l’une des seules femmes paysagistes à peindre en plein air au XVIIIe siècle, en fit l’un de ses sujets.

  • Vilhelm Kyhn (Copenhague 1819 – 1903 Copenhague), Rochers à marée basse, 1860
    Huile sur toile. – 26,4 × 40,8 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2012-S.17
  • Louise-Joséphine Sarazin de Belmont (Versailles 1790 – 1870 Paris), Grotte dans un paysage rocheux
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 42,2 × 57,4 cm
    Collection particulière

Ciels et effets atmosphériques

Le ciel, le plus insaisissable de tous les motifs naturels, offrait un inépuisable répertoire d’expérimentations. La rapidité s’imposait pour parvenir à saisir les incessantes métamorphoses de l’ombre et de la lumière en fonction de la course des nuages dans le ciel. Le ciel, sous toutes ses apparences – orageux ou serein, dégagé ou nuageux – eut, avec John Constable, l’un de ses chroniqueurs les plus fervents. Cette lumineuse étude porte la marque laissée par le doigt de l’artiste dans la matière encore fraîche.

John Constable (East Bergholt 1776 – 1837 Londres), Étude de nuages : coucher de soleil orageux, 1821–1822
Huile sur papier, contrecollé sur toile, 20,3 × 27,3 cm
National Gallery of Art, Washington, D. C., don de Louise Mellon en l’honneur de M. et Mme Paul Mellon, inv. 1998.20.1

La lumière d’Italie : Rome et la Campagne romaine

C’est en Italie, qui joue de ce fait un rôle central dans l’histoire de la peinture en plein air, que la plupart des artistes de l’époque s’essayèrent à la méthode. Venus de l’Europe entière, les jeunes peintres affluaient dans la péninsule pour y poursuivre leur formation, poussés vers Rome par le désir de se plonger dans la culture classique et l’étude des maîtres anciens. La présence de sites grandioses et de ruines antiques, la magique lumière du sud et la constance du climat garantissaient un cadre particulièrement favorable pour peindre sur le motif. Camille Corot, figure centrale de l’histoire de la peinture de plein air, est l’incarnation de la transition entre la tradition académique néo-classique et les expériences de l’avant-garde impressionniste qui se manifesta après lui. D’une audacieuse géométrie, la vue étonnamment moderne de San Bartolomeo est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de Corot.

La campagne aux alentours de Rome combinait la beauté naturelle de ses paysages sauvages et la majesté des ruines héritées de son passé classique. On l’appelait « la Campagna » et ce fut pour les peintres de plein air un laboratoire, théâtre de sorties au cours desquelles ils travaillaient ensemble, peignant souvent côte à côte. La surprenante vue d’Olevano fut ainsi réalisée par Caruelle d’Aligny lors d’une excursion avec Corot en avril 1827.

  • Camille Corot (Paris 1796 – 1875 Paris), L’île et le pont de San Bartolomeo, Rome, 1825–1828
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 27 × 43,2 cm
    National Gallery of Art, Washington, D. C., Patrons’ Permanent Fund, inv. 2001.23.1
  • Théodore Caruelle d’Aligny (Chaumes 1798 – 1871 Lyon), Vue d’Olevano, 1827
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 33,3 × 49,7 cm
    Collection particulière

Italie du sud : la baie de Naples, les volcans et Capri

Au-delà de Rome, de nombreux artistes poussaient leur périple plus au sud, vers la baie de Naples. Edgar Degas avait des attaches familiales dans la ville et, dans sa jeunesse, y exécuta un ensemble d’études de plein air à l’huile sur papier, restituant à la perfection l’aspect nacré du ciel napolitain. Motif très séduisant, le Vésuve figure dans de nombreuses esquisses peintes dans la région, apparaissant le plus souvent à l’arrière-plan, imposante masse rocheuse en sommeil. La période à laquelle s’intéresse notre exposition correspond toutefois à une phase d’intense activité volcanique et nombreux furent les artistes qui, avides d’assister à l’un des spectacles les plus grandioses que puisse offrir la nature, s’aventurèrent dans de périlleuses excursions. L’étude de Jean-Charles-Joseph Rémond rend ainsi compte de la terrible éruption du Stromboli qui se produisit le 30 août 1842.

L’île de Capri était une destination très prisée des peintres d’Europe du nord et maints artistes allemands et scandinaves y firent des vues emblématiques des côtes rocheuses et des eaux d’un bleu profond. C’est néanmoins une étude anonyme figurant une terrasse inondée d’une éblouissante lumière qui constitue l’un des points d’orgue de cette section.

  • Edgar Degas (Paris 1834 – 1917 Paris), Château Sant’Elmo, depuis Capodimonte, vers 1856
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 20 × 27 cm
    The Fitzwilliam Museum, Cambridge, acquis grâce aux Gow, Cunliffe et Perceval Funds, avec l’aide du National Art-Collections Fund et du Museums and Galleries Commission / Victoria and Albert Purchase Grant Fund, inv. PD.18–2000
  • Jean-Charles-Joseph Rémond (Paris 1795 – 1875 Paris), L’Éruption du Stromboli, le 30 août 1842, 1842
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 27 × 37 cm
    Collection particulière
  • Anonyme français, XIXe siècle, Une terrasse sur l’île de Capri
    Huile sur papier, contrecollé sur toile. – 32,7 × 30,8 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2014-S.10

Toits, cours et ruines

Cette dernière section ignore délibérément les évocations classiques de Rome et les paysages d’Italie idéalisés pour se tourner vers des motifs infiniment plus humbles, souvent choisis par les artistes dans leur pays natal : vues de toits impromptues, cours de ferme, édifices délabrés, recoins anonymes. Travaillant depuis une fenêtre, Frederik Rohde détaille avec soin les tuiles rouges qui s’offraient à son regard, mais son véritable sujet semble être le vent qui, agitant les peupliers, révèle dans le lointain le clocher d’une église. Brossée avec une plus grande liberté, la cour de ferme d’August Egg donne ce même sentiment d’immédiateté.

  • Frederik Rohde (Copenhague 1816 – 1886 Copenhague), Toits
    Huile sur toile. – 25,4 × 22,2 cm
    Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 2014-S.41
  • Augustus Leopold Egg (Londres 1816 – 1863 Alger), Cour de ferme
    Huile sur panneau. – 20,2 × 25,3 cm
    The Fitzwilliam Museum, Cambridge, achat grâce au Fairhaven Fund, inv. PD.38-1980

Travailler d’après nature : du dessin à la peinture

Aux origines de la peinture à l’huile en plein air, se trouve le dessin, et les thèmes évoqués tout au long de l’exposition furent également abordés au fusain, à la craie ou au crayon dès les XVIe et XVIIe siècles. Une sélection de dessins issus de la très riche collection de la Fondation Custodia est insérée sur le parcours de l’exposition, rappelant ainsi l’ancienneté de cette tradition du travail sur le motif.

Bartholomeus Breenbergh (Deventer 1598 – 1657 Amsterdam), Dans le parc de Castello Bomarzo, 1625
Plume et encre brune, lavis brun et gris. – 407 × 565 mm
Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, inv. 4478

Catalogue

Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870
Ger Luijten, Mary Morton et Jane Munro (éd.)
Londres, Paul Holberton Publishing, 2020
280 pages, c. 140 illustrations en couleur, 24 × 25,5 cm, relié
40,00 €

Edition française : ISBN 978 1 911 300 83 0

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Edition anglaise : ISBN 978 1 911 300 78 6

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Catalogue en ligne

Toutes les œuvres exposées (dont une quarantaine hors catalogue) sont disponibles en ligne dans une présentation entièrement illustrée et accompagnée de textes explicatifs rédigés par Alice-Anne Tod.

Découvrez le catalogue en ligne ici.

Informations pratiques

Adresse

Fondation Custodia / Collection Frits Lugt
121, rue de Lille - 75007 Paris
Tél : +33 (0)1 47 05 75 19
coll.lugt@fondationcustodia.fr
www.fondationcustodia.fr

Comment venir

Métro : Assemblée Nationale (ligne 12) ou Invalides (lignes 8 et 13)
RER C : Invalides ou Musée d’Orsay
Bus : lignes 63, 73, 83, 84, 94, arrêt Assemblée Nationale
Vélib’ : station située en face (n° 7009)

Heures d’ouverture

Tous les jours sauf le lundi, de 12h à 18h

Fermeture exceptionnelle les 25 décembre et 1er janvier

Tarifs

Plein tarif 10 €
Tarif réduit 7 €
Le tarif réduit est accordé aux +60 ans, chômeurs, groupes de 10 personnes minimum

Entrée gratuite : étudiants, carte presse, carte ICOM, carte invalidité

Achat des billets sur place pour le jour même (pas de réservation en ligne)

VISITES GUIDÉES

Visitez l’exposition Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870 avec une guide conférencière aux dates suivantes : samedi 15 janvier 2022 à 12h30, mardi 25 janvier à 12h30, jeudi 17 février à 12h30, mercredi 9 mars à 12h30, samedi 19 mars à 12h30.
Tarif : droit d’entrée de l’exposition.
Inscriptions par e-mail à visites@fondationcustodia.fr,
dans la limite de 2 places par réservation ; vous recevrez une confirmation.

Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870 est placée sous le commissariat conjoint de Ger Luijten, directeur de la Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris, de Mary Morton, conservatrice et cheffe du département des peintures françaises de la National Gallery of Art de Washington et de Jane Munro, conservatrice du département des peintures, dessins et estampes du Fitzwilliam Museum de Cambridge.

Partenaires presse :