De Fragonard à David. Dessins de l’École des Beaux-Arts de Paris

De l’alcôve aux barricades

du 15 octobre 2016 au 8 janvier 2017

Réputés pour leur précieux fonds de dessins, les Beaux-Arts de Paris s’associent à la Fondation Custodia pour présenter à l’automne 2016, au 121 rue de Lille, l’un des volets les plus prestigieux de leurs collections, dans le cadre de leur Bicentenaire. Avec 145 dessins, l’exposition De l’alcôve aux barricades est l’occasion de dresser un panorama historique ambitieux de l’art de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Jacques-Louis David (1748-1825)
Tête de pestiféré, 1780
Plume et encre noire sur un tracé à la pierre noire, 212 × 152 mm
© Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

Les œuvres sélectionnées permettent de mettre en lumière une époque particulièrement riche de bouleversements tant historiques qu’artistiques. Des dernières décennies du règne de Louis XV (1715-1774) à la fin de la période révolutionnaire (1789-1799), nous assistons en effet au passage de la Royauté à la République : un monde qui bascule de l’espace de la cour où évolue la noblesse, à celui de la ville où prime la notion de citoyenneté. En écho, les arts connaissent de nombreuses transformations. Cette transition fut longtemps pensée comme une rupture nette entre deux styles antagonistes : le rocaille – alors défini comme un style féminin pour ses arabesques, ses caprices et parfois son extravagance – et le néoclassicisme, style mâle dont la noble simplicité s’inspire du grand modèle antique.

Organisée en sept chapitres thématiques – la formation académique, le séjour à Rome, la scène de genre, la peinture d’histoire, le paysage en France, le dessin d’architecture et les arts décoratifs – l’exposition dévoile une réalité plus complexe.

Les nombreux chefs-d’œuvre réunis ici pour la première fois évoquent cette diversité de styles et d’approches. Ils permettent également de suivre la carrière des artistes, acteurs de ces évolutions. Nous les découvrons pendant leur formation à l’Académie royale de peinture et de sculpture, au travers des grandes études de nu d’après modèle vivant et les dessins réalisés à l’occasion des concours de Tête d’expression. Instaurés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, de multiples prix destinés à créer une émulation entre les élèves et à régénérer ainsi les arts, permettaient aux jeunes artistes de se distinguer.

Pierre Ranson (1736-1786)
Décoration d’appartement à la chinoise, 1785
Plume et encre brune, lavis gris et aquarelle, 366 × 532 mm
© Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

Nous accompagnons ensuite ces dessinateurs jusqu’au palais Mancini, siège de l’Académie de France à Rome, où ils sont pensionnaires. Copies réalisées d’après les maîtres anciens ou modernes, vues de ruines antiques, de jardins ou de sites récemment découverts, les feuilles des Beaux-Arts révèlent les motifs qui ont marqué les artistes français lors de leur séjour italien.

Jean-Baptiste Isabey (1767-1855)
Académie. Homme assis appuyé sur le bras gauche, 1789
Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier brun, 468 × 607 mm
© Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

De retour en France, nous retrouvons ces artistes qui obtiennent des charges officielles, répondent aux grandes commandes d’État et cherchent à satisfaire les amateurs dont le goût évolue. Usant des principaux ressorts de la peinture d’histoire – puissance d’expression, clarté narrative et mise en page théâtrale –, Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) renouvelle la scène de genre, évoquant les drames d’un quotidien à coloration moraliste. Son art, qui fut salué par le public du Salon et par Diderot lui-même, est illustré dans l’exposition par de nombreux dessins.

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
Les Amants surpris
Plume et encre noire, lavis gris, 240 × 280 mm
© Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

Depuis les scènes « à la grecque » de Joseph-Marie Vien (1716-1809) jusqu’aux grandes compositions néoclassiques de David (1748-1825), qui inspira toute une génération de peintres, les dessins exposés dans la section suivante permettent de retracer l’évolution de la peinture d’histoire, délaissant progressivement les sujets mythologiques galants et sensuels au profit de scènes héroïques tirées de l’histoire antique. Des critiques s’élevaient en effet contre l’art rocaille depuis le milieu du XVIIIe siècle parmi les érudits – tel l’historien de l’art allemand Winckelmann – et les membres de la communauté artistique. L’Académie souhaitait alors renouer avec le Grand Genre en proposant, comme au temps de Poussin, l’Antiquité pour modèle.

Imposants projets – parfois longs de plusieurs mètres –, tracés à l’occasion des concours de l’Académie royale d’architecture, ou inventions d’édifices de fantaisie dans le goût des caprices de Piranèse, la plupart des œuvres qui ouvrent le sixième chapitre de l’exposition sont de pures élaborations graphiques. Elles témoignent de l’autonomie acquise par le dessin d’architecture dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et de la nouvelle conception d’un urbanisme planifié autour de bâtiments publics qui offrent aux citoyens une vie sociale et culturelle plus riche.

Charles-François de La Traverse (1726/1730-1787)
Paysage rocheux, 1773
Aquarelle et gouache, 374 × 260 mm
© Collection des Beaux-Arts de Paris / prise de vue Thierry Ollivier

Dans la dernière section de l’exposition, consacrée aux arts décoratifs, de nombreux dessins sont préparatoires aux gravures composant les recueils de modèles qui fleurissent à cette époque, quand d’autres ont servi directement à l’exécution de mobilier ou d’ornements. Grâce à ces œuvres, nous prenons la mesure de l’influence de l’art antique dans l’évolution du répertoire des motifs décoratifs. Caractérisé par un retour à la ligne droite et à une certaine sobriété, le néoclassicisme reste toutefois perméable à la persistance du goût pour l’agréable et l’exotique, hérité du style rocaille.

De l’exercice académique aux grands formats préparatoires à des projets de peinture, de sculpture, de mobilier et d’architecture, le dessin permet ainsi d’embrasser tous les arts. Il nous place au cœur de la pratique artistique et du processus de création, dans une société en pleine mutation.


 

Catalogue

De l’alcôve aux barricades. De Fragonard à David. Dessins de l’École des Beaux-Arts
Sous la direction d’Emmanuelle Brugerolles
Beaux-Arts de Paris éditions, 2016
400 pp, illustrations couleur, 31,5 × 23 cm, relié
ISBN 978 2 84056 490 4
39,00 €

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