71. Willem van Swanenburgh (d’après David Vinckboons l’Ancien)

Leyde 1580 – 1612 Leyde

Kermesse paysanne, vers 1610

Partagés entre amusement et ébahissement, les citadins, que l’on reconnaît à leurs vêtements élégants, observent les festivités paysannes. Leur attention est attirée sur la droite par un spectacle que des rhétoriciens s’apprêtent à donner. Les acteurs en costumes – un roi et une reine, un soldat, deux prêtres et un personnage portant un masque d’animal – se frayent un chemin vers la scène, pendant qu’un groupe de personnes s’est rassemblé dans l’attente de la pièce qui va commencer. Un autre événement captivant se déroule à l’arrière-plan, où l’on joue à « tirer une oie » ou « monter une oie », un jeu populaire mais barbare dans lequel, monté sur un cheval au galop, on arrache la tête d’une oie attachée à une corde. La scène est par ailleurs peuplée de dizaines de paysans : certains dansent, exaltés, la tête rejetée en arrière, tandis que d’autres boivent et mangent copieusement. L’un d’eux a trop bu et vomit sur le sol, soutenu sur sa gauche par une femme bienveillante. L’estampe présente ouvertement une morale, soulignée par le texte de la lettre : il faut suivre l’exemple des citadins et s’abstenir du comportement vulgaire des paysans, parce qu’ « ici ils risquent leur santé et leur argent »1.

Ce genre de scènes, qui comporte souvent un message moralisateur, était très apprécié au XVIe siècle, surtout dans les Pays-Bas du Sud. Les gravures d’après Pieter Bruegel l’Ancien (1526/30-1569) – l’un des premiers artistes à se spécialiser dans la représentation de noces et foires paysannes – et l’immigration de nombreux artistes des Flandres, tels que Jacob Savery (1565/67-1603) et David Vinckboons l’Ancien (1576-1630/31), ont également propagé le motif dans les provinces du Nord.

Ce dernier, qui connaissait sans doute l’œuvre de Savery, est l’auteur du dessin pour cette estampe, qui a été gravée par Willem van Swanenburgh, l’un des graveurs hollandais les plus talentueux du XVIIe siècle. Swanenburgh était particulièrement doué pour rendre sur la plaque de cuivre la perspective atmosphérique des dessins soigneusement lavés de Vinckboons2. Il a traduit ces subtils effets en soulignant les parties sombres par un réseau dense de hachures croisées, tandis qu’il a figuré les personnages et le feuillage éclairés par le soleil uniquement par des traits de contour. Ailleurs, où le contraste entre ombre et lumière est moins prononcé, l’artiste a travaillé la plaque de cuivre avec des traits plus fins et des hachures simples.

L’estampe a été publiée par Robert de Baudous (1574/75-après 1659) et Michiel Colijn (1584-1637), probablement vers 16103. Après la mort de Colijn, Baudous a acquis l’exclusivité de l’édition et a fait effacer l’adresse du premier. Par la suite, la plaque a appartenu à d’autres éditeurs qui ont continué à publier la gravure jusqu’au XVIIIe siècle4. L’impression de la Fondation Custodia est l’une des deux seules connues du premier état de l’estampe qui portent encore conjointement les adresses de Colijn et de Baudous5. MR

1Eddy de Jongh et Ger Luijten, Mirror of Everyday Life. Genreprints in the Netherlands 1550-1700, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, 1997, p. 106-107.

2Un tel dessin est conservé à Paris, Fondation Custodia, inv. 6699 (plume et encre brune, lavis brun, gris et bleu ; 244 × 403 mm) ; Klaus Ertz et Christa Nitze-Ertz, David Vinckboons 1576-1632. Monographie mit kritischem Katalog der Zeichnungen und Gemälde (Flämische Maler im Umkreis der großen Meister, vol. X), Lingen, 2016, p. 203-204, n° Z 35, repr. À ce jour, aucun dessin préliminaire de Vinckboons pour Kermesse paysanne n’est connu.

3Ibid., p. 61, fig. 78.

4Amsterdam 1997, op. cit. (note 1), p. 105.

5F. W. H. Hollstein, Dutch and Flemish Etchings, Engravings and Woodcuts, ca. 1450-1700, 72 vol., Amsterdam etc., 1949-2010, vol. XXIX, n° 28. Le second exemplaire se trouve à la Staatsgalerie Stuttgart, inv. A 2008/7612 (KK) ; https://www.staatsgalerie.de/en/collection/digital-collection/nc.html.