66. Cornelis Saftleven

Gorinchem 1607 – 1681 Rotterdam

Maison écroulée

Cornelis Saftleven fut un peintre et dessinateur prolifique et versatile. À ce jour, nous connaissons de lui plus de deux cents peintures à l’huile et environ cinq cents dessins1. Les sujets qu’il représente sont très variés : portraits, animaux, paysages, scènes paysannes, thèmes mythologiques et bibliques, images de l’Enfer, satires et illustrations de proverbes. Au fil des années, Frits Lugt a réuni une douzaine de ses œuvres, dont un de ses premiers autoportraits connus peints sur cuivre2. Notre dessin vient combler une lacune dans la collection ; jusqu’à présent l’Hôtel Turgot à Paris, qui conserve la Collection Lugt, ne conservait aucune étude de plein air de Cornelis.

Comme son frère cadet Herman Saftleven le Jeune (1609-1685), qui a fait des centaines de dessins de la ville d’Utrecht et de ses alentours, Cornelis a sans doute flâné dans les rues de son quartier, muni de son carnet d’esquisses et de matériel de dessin. On connaît en outre quelques dessins topographiques de sa main, faits à Arnhem, Rotterdam et Delfshaven3, mais la plupart de ses études de plein air représentent des scènes rurales pittoresques, avec des fermes, des appentis écroulés, des colombiers, des tonneaux et du matériel de ferme. Ces éléments figurent également dans ses peintures de scènes de genre paysannes, marquées pendant ses années à Anvers par les œuvres d’Adriaen Brouwer (1605/6-1638) et de David Teniers le Jeune (1610-1690).

Notre feuille a sans doute été créée lors d’une de ces promenades dans les environs. Elle représente une maison ou un appentis écroulé, avec un toit de chaume comparable à celui qu’on peut voir dans un autre dessin, attribué à Cornelis4. Au centre, suspendu à l’une des poutres de bois, l’artiste a peint un pot à étourneaux, en terre, censé attirer les volatiles pour qu’ils y fassent leur nid. Auprès de l’entassement de planches de bois, se trouve une autre maison au toit de chaume avec une cheminée. Le motif, assez inhabituel dans l’œuvre de l’artiste, rappelle les dessins d’églises endommagées, de bâtisses écroulées et de tas de gravats que réalisa son frère Herman à la suite de la tornade dévastatrice qui frappa Utrecht en 16745. Plutôt que le témoignage visuel d’un désastre, ce dessin est plus probablement un motif pittoresque que l’auteur pouvait aussi introduire dans ses tableaux. La singularité de cette feuille tient notamment à la composition diagonale et à la large zone du papier laissée en réserve.

Proche par le style et le motif, un autre dessin de l’artiste d’un appentis écroulé porte la date de 16466. Bien que cette feuille ait été élaborée avec un lavis gris, l’emploi de la pierre noire est similaire dans les deux dessins, et particulièrement dans l’insistance de l’artiste sur les nœuds et les trous dans les planches rongées, appuyant avec plus de force sur sa pierre noire pour souligner ces éléments. Notre feuille a sans doute été exécutée à peu près au même moment. MR

1Wolfgang Schulz, Cornelis Saftleven (1607-1681). Leben und Werke, Berlin et New York, 1978.

2Paris, Fondation Custodia, inv. 7640 (huile sur cuivre ; 211 × 155 mm) ; ibid., p. 224-225, n° 635, fig. 1 ; et Ger Luijten et al., Un Univers intime. Paintings from the Frits Lugt Collection, cat. exp., Paris, Institut Néerlandais, 2012, n° 36 ; https://www.fondationcustodia.fr/ununiversintime/36_saftleven_7640.cfm.

3Schulz 1978, op. cit. (note 1), p. 161-163, n° 378-391.

4Localisation inconnue (pierre noire et lavis gris ; 246 × 185 mm) ; Old Master Drawings. Recent Acquisitions III, cat. exp., Londres, Crispian Riley-Smith, 2000, n° 6, repr. ; https://rkd.nl/explore/images/45675.

5Voir par exemple quatres dessins de Herman Saftleven à Zeist, John et Marine van Vlissingen Art Foundation, inv. MCS/255 (pierre noire et lavis gris, jaune, rouge et brun ; 196 × 148 mm) ; MCS/328 (pierre noire et lavis gris et bleu ; 195 × 149 mm) ; MCS/296 (pierre noire et lavis gris, bleu et vert ; 197 × 150 mm) ; et 2001/05 (pierre noire et lavis gris et bleu pâle ; 197 × 149 mm) ; Jane Turner et Robert-Jan te Rijdt (éd.), Home and Abroad. Dutch and Flemish Landscape Drawings from the John and Marine van Vlissingen Art Foundation, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, et Paris, Fondation Custodia, 2015-2016, p. 96-99, n° 37a-d, repr.

6New York, The Morgan Library & Museum, promesse de don de Charles Ryskamp (pierre noire et lavis gris ; 200 × 312 mm) ; Jane Shoaf Turner et Felice Stampfle, Dutch drawings in the Pierpont Morgan Library. Seventeenth to Nineteenth Century, New York, 2006, p. 179, n° 369, repr.

7Wolfgang Schulz, Cornelis Saftleven (1607-1681). Leben und Werke, Berlin et New York, 1978.

8Paris, Fondation Custodia, inv. 7640 (huile sur cuivre ; 211 × 155 mm) ; ibid., p. 224-225, n° 635, fig. 1 ; et Ger Luijten et al., Un Univers intime. Paintings from the Frits Lugt Collection, cat. exp., Paris, Institut Néerlandais, 2012, n° 36 ; https://www.fondationcustodia.fr/ununiversintime/36_saftleven_7640.cfm.

9Schulz 1978, op. cit. (note 1), p. 161-163, n° 378-391.

10Localisation inconnue (pierre noire et lavis gris ; 246 × 185 mm) ; Old Master Drawings. Recent Acquisitions III, cat. exp., Londres, Crispian Riley-Smith, 2000, n° 6, repr. ; https://rkd.nl/explore/images/45675.

11Voir par exemple quatres dessins de Herman Saftleven à Zeist, John et Marine van Vlissingen Art Foundation, inv. MCS/255 (pierre noire et lavis gris, jaune, rouge et brun ; 196 × 148 mm) ; MCS/328 (pierre noire et lavis gris et bleu ; 195 × 149 mm) ; MCS/296 (pierre noire et lavis gris, bleu et vert ; 197 × 150 mm) ; et 2001/05 (pierre noire et lavis gris et bleu pâle ; 197 × 149 mm) ; Jane Turner et Robert-Jan te Rijdt (éd.), Home and Abroad. Dutch and Flemish Landscape Drawings from the John and Marine van Vlissingen Art Foundation, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, et Paris, Fondation Custodia, 2015-2016, p. 96-99, n° 37a-d, repr.

12New York, The Morgan Library & Museum, promesse de don de Charles Ryskamp (pierre noire et lavis gris ; 200 × 312 mm) ; Jane Shoaf Turner et Felice Stampfle, Dutch drawings in the Pierpont Morgan Library. Seventeenth to Nineteenth Century, New York, 2006, p. 179, n° 369, repr.