60. Frans Lodewijk Pannekoek

Né à Den Dolder en 1937

Portrait posthume de Carlos van Hasselt, 28 janvier 2011

Cette eau-forte de Frans Pannekoek résume à elle seule une longue histoire d’amitié et de passion partagée pour l’art. C’est en effet en février 1970, quelques mois avant le décès de Frits Lugt, que l’Institut Néerlandais consacra une première exposition à l’artiste. Ces liens allaient se renforcer par la suite sous le directorat de Carlos van Hasselt (1929-2009). Peu de temps après sa prise de fonctions, le nouveau directeur de la Fondation Custodia proposa en effet à Pannekoek un mécénat original, sous forme de rente mensuelle, pour garantir l’accroissement de la collection de la Fondation avec des estampes de premier choix spécialement sélectionnées par l’artiste. Lors de son départ à la retraite, en 1994, Carlos van Hasselt fit don à la Fondation Custodia de plus de trois-cents estampes et de cent dessins de Pannekoek. La collection continua de s’étoffer depuis lors, avec notamment une adjonction de plus de soixante estampes en 2011, qui a permis de combler certains manques.1 Par son ampleur, l’ensemble d’œuvres de Pannekoek que conserve aujourd’hui la Fondation est probablement le plus important hors des Pays-Bas et offre un panorama complet des créations de l’artiste depuis ses débuts.

Surtout constitué de natures mortes et de paysages, le corpus gravé de Pannekoek comporte quelques rares portraits – plus rarement encore des autoportraits (voir cat. n° 59). Il ne semble avoir réservé ses incursions dans ce genre que pour des membres de son entourage très proche, qu’il traite avec une sensibilité émouvante. S’il adopte pour le Patient dans un hôpital et les portraits de Marja et d’Astrix2 un cadrage frontal en buste sur un fond neutre, il choisit en revanche une composition quasi-allégorique pour le portrait de son ami l’écrivain néerlandais Gerard Reve (1923-2006)3, et pour celui de Carlos van Hasselt. Dans ce dernier, Pannekoek, se basant sur une photographie de son modèle, le représente « épaulé » par le Shâh Jahân, véritable icône de la Fondation Custodia. En effet, Frits Lugt avait acquis en 1920 un dessin de Rembrandt4 d’après une miniature indienne représentant cet empereur moghol (1592-1666), célèbre bâtisseur du Taj Mahal. En 1972, Carlos van Hasselt, par ailleurs grand connaisseur de miniatures indiennes5, parvint à réunir le dessin du maître hollandais et l’une de ses inspirations probables, à savoir une miniature dépeignant le souverain dans une attitude très proche, sous un baldaquin6. Pannekoek revisite la composition en décentrant quelque peu le baldaquin au-dessus de son modèle, tandis que la silhouette amicale du Shâh se découpe contre son épaule, inversée par rapport à l’original. Avec humour et tendresse, l’artiste évoque donc le souvenir de l’ancien directeur récemment décédé, accompagné de la figure-talisman qui est aujourd’hui encore attachée à son nom. Il a produit neuf états de cette estampe, qui présentent des variantes dans les inscriptions, ainsi que divers effets d’encrage et des rehauts de crayons de couleurs appliqués sur certains tirages7.

Preuve des liens d’amitié étroits entre les deux hommes, Pannekoek a dédicacé un grand nombre des estampes réservées à la Fondation Custodia par l’inscription « pour Carlos van Hasselt »8. MNG

1Ger Luijten dans Peter Schatborn, Encrer dans le réel. Estampes et dessins de Frans Pannekoek, cat. exp., Paris, Institut Néerlandais, 2011, p. 4-5.

2Paris, Fondation Custodia, respectivement inv. 1994-P.106 (pointe sèche ; 134 × 130 mm), 1994-P.173 (pointe sèche ; 125 × 117 mm) et 1994-P.163 (pointe sèche ; 138 × 122 mm).

3Gerard Kornelis van het Reve en pèlerin dans un paysage, en route vers la fin, 1974, Paris, Fondation Custodia, inv. 1994-P.61-62 (pointe sèche, ton de surface ; 136 × 103 mm) ; Schatborn 2011, op. cit. (note 1), cat. n° 56.

4Shâh Jahân debout tenant une fleur et une épée, vers 1656-1661, Paris, Fondation Custodia, inv. 592 (plume et encre brune, lavis brun, sur papier oriental ; collé en plein ; 178 × 101 mm).

5Frits Lugt avait acheté sept miniatures indiennes de son vivant, mais c’est sous le directorat de Carlos van Hasselt que la collection prit véritablement son essor, au gré d’une politique d’acquisition soutenue dès 1970. Aujourd’hui riche de plus de 200 numéros, elle est l’une des premières en France.

6École moghole (par Abid), Shâh Jahân debout sous un baldaquin, vers 1645, Paris, Fondation Custodia, inv. 1972-T.63 (gouache, rehauts d’or ; 180 × 90 mm).

7La Fondation Custodia possède, en plus de cette impression du premier état, des tirages du deuxième, septième, huitième et neuvième états, inv. 2011-P.116 à 121.

8Schatborn 2015, op. cit. (note 1), p. 14.