57. Adam van Noort, attribué à

Anvers 1562 – 1641 Anvers

Scène de l’Exode

Nos connaissances sur la vie et l’œuvre du peintre d’histoire flamand Adam van Noort sont très lacunaires. Son biographe, Arnold Houbraken (1660-1719), déclare que l’artiste avait déjà « sombré dans l’oubli » (« in de vergetenheid begraven ») lorsqu’il commença à rédiger De groote schouburgh der Nederlantsche konstschilders en schilderessen, quelques dizaines d’années après la mort de Van Noort1. Néanmoins, il avait dû être un artiste de quelque renom, puisqu’il figure au nombre des personnalités anversoises qu’Anthony van Dyck (1599-1641) a portraiturées dans son Iconographie2. Van Noort est entré dans la guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1587, après un probable apprentissage auprès du peintre maniériste Jacob de Backer (vers 1540/45-avant 1600). Dix ans plus tard, il est élu doyen, un poste de grand prestige. Au cours de sa longue carrière, il forme plus de trente élèves et notamment Peter Paul Rubens (1577-1640) et Jacob Jordaens (1593-1678) qui deviendra son gendre.

Il a vécu presque quatre-vingts ans, et pourtant la part de son œuvre qui subsiste est réduite ; seul un très petit nombre de peintures et de dessins peut lui être attribué avec certitude3. La Scène de l’Exode n’est pas signée, mais on peut la mettre en rapport avec deux dessins donnés à l’artiste par Hans Mielke4, et une feuille conservée à New York5. Ces dessins se caractérisent par une certaine liberté dans le maniement de la plume et du pinceau ; les contours, par exemple, sont dessinés avec des traits de plume épais et le lavis enlevé est appliqué sur toute la feuille avec un large pinceau pour créer l’ombre et le volume. Les personnages ont des têtes caractéristiques, avec des fronts curieusement bombés, les yeux et les nez dessinés par de petits traits et des points, tandis que les doigts sont allongés et effilés. Ils rappellent les élégantes figures maniéristes d’un dessin de Van Noort à Rotterdam, daté 15986. Mais ce dessin, plus raffiné, et probablement antérieur diffère des quatre autres feuilles à l’exécution plus sommaire. Leur style est plus proche des trois illustrations monogrammées et datées 1608, que l’artiste livra pour le Thesaurus precum, meditationum ac litaniarum (1609), de Thomas Sailius7.

Les motifs religieux étaient la spécialité de Van Noort, mais on connaît également de sa main des sujets mythologiques, allégoriques, et des scènes de genre. Notre dessin évoque probablement le moment où les Israélites s’apprêtent à poursuivre leur voyage à travers le désert jusqu’à la Terre Promise, peut-être après avoir récolté la Manne fournie par Dieu (Exode 16 : 1-36). Au premier plan deux hommes se penchent sur un panier apparemment rempli de nourriture, tandis qu’à l’arrière-plan des gens se lèvent, hissant d’énormes paquets sur leurs têtes et leurs épaules. Cependant, on n’aperçoit nulle part Moïse. Un tableau sur le marché de l’art, décrit comme provenant du cercle de Van Noort, illustre un autre épisode du livre de l’Exode : Moïse frappant le rocher pour faire sortir l’eau8. Plusieurs éléments, tels que la disposition des figures sur une diagonale, le repoussoir à gauche avec une femme assise de profil et une mère allaitant un nouveau-né, figurent également dans la Scène de l’Exode. À ce jour, on ne connaît aucune peinture de Van Noort qui représente cette même scène. L’artiste a pu créer cette feuille très aboutie comme une œuvre d’art indépendante, mais elle a également pu servir de modèle pour une tapisserie, ce qui expliquerait les éléments végétaux décoratifs ajoutés à la gouache blanche. Van Noort a en effet peut-être travaillé comme dessinateur de tapisseries dans l’atelier de François Spiering (1551-1630) à Delft9. MR

1Arnold Houbraken, De groote schouburgh der Nederlantsche kunstschilders en schilderessen, 3 vol., Amsterdam, 1718-21, vol. I, p. 37-38.

2Simon Turner, Anthonie van Dyck (The New Hollstein Dutch and Flemish Etchings, Engravings and Woodcuts, 1450-1700), 9 vol., Rotterdam, 2002, vol. I, p. 34, n° 7.

3Sur les dessins de Van Noort voir Leo van Puyvelde, « Het oorspronkelijk werk van Adam van Noort, meester van Rubens », Verslagen en mededelingen van de Koninklijke Vlaamse Academie voor Taal- en Letterkunde, Gand, 1929, p. 385-388 ; Christian Dittrich, « Drawings by Adam van Noort », Master Drawings, X, 1972, n° 2, p. 137-143 ; Hans Mielke, « Einige Zeichnungen Adam van Noorts », Essays in Northern European Art : presented to Egbert Haverkamp-Begemann on his sixtieth birthday, Doornspijk, 1983, p. 173-177.

4Cologne, Wallraf-Richartz-Museum, inv. Z. 1835 (plume et encre brune, lavis brun ; 186 × 293 mm) ; Leyde, Bibliothèque de l’Université, inv. PK-T-AW-657 (plume et encre brune, lavis brun ; 189 × 141 mm) ; Mielke 1983, op. cit. (note 3), p. 176-177, fig. 7-8.

5New York, Metropolitan Museum, inv. 2005.389 (plume et encre brune, lavis brun, sur un tracé à la pierre noire ; 180 × 224 mm. Inscrit au verso, en bas à droite, d’une main du XVIIe siècle, à l’encre brune : « adam van noort ») ; http://www.metmuseum.org/art/collection.

6Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen, inv. MB 1767 PK (plume et encre brune, lavis brun et gris, sur un tracé à la pierre noire ; 266 × 191 mm. Monogrammé, en bas à droite, à l’encre brune (initiales entrelacées) : « AVN ». Signé et daté, en bas à droite, à l’encre brune : « 1589 / Adam van Noort ») ; G. Luijten, « De Triomf van de Schilderkunst : een titeltekening van Gesina ter Borch en een toneelstuk », Bulletin van het Rijksmuseum, XXXVI, 1988, n° 4, p. 291, fig. 11 ; http://collectie.boijmans.nl.

7Anvers, Musée Plantin-Moretus, inv. MPM.TEK.383, MPM.TEK.385 et MPM.TEK.386 (plume et encre brune, lavis brun ; contours incisés pour le transfert ; environ 130 × 80 mm) ; Mielke 1983, op. cit. (note 3), p. 174, fig. 6 (uniquement MPM.TEK.383) ; http://search.museumplantinmoretus.be/search/simple.

8Vente, Amsterdam (Christie’s), 28 novembre 1989, n° 69, comme « cercle d’Adam Van Noort ».

9Ger Luijten et ‎Ariane van Suchtelen, Dageraad der Gouden Eeuw : Noordnederlandse Kunst 1580-1620, cat. exp., Amsterdam, Rijksmuseum, 1993, p. 317.