46. Paul Huet

Paris 1803 – 1869 Paris

Marine par temps d’orage

Paul Huet, formé dès l’adolescence au dessin sur le motif, avant d’entrer dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833) puis d’Antoine Jean Gros (1771-1835), est considéré comme l’un des instigateurs du paysage romantique1. Sa sensibilité innée s’exprime aussi bien dans ses peintures que dans ses aquarelles et eaux-fortes, qui révèlent en outre une convergence certaine avec les œuvres d’artistes anglais tels que William Turner (1775-1851) et John Constable (1776-1837)2. C’est d’ailleurs avec un artiste d’outre-Manche, Richard Parkes Bonington (1802-1828), que Huet se lie d’amitié et développe un fructueux échange artistique, au cours de séances de travail en plein air en Normandie, en 18283.

Si l’artiste est particulièrement réceptif à la conception anglaise du paysage, et à son expression via la technique de l’aquarelle, il sait néanmoins conserver sa propre personnalité artistique. Dans notre dessin, notamment, il se démarque en combinant audacieusement l’aquarelle et le fusain, deux media qui permettent une égale rapidité d’exécution. Le trait, n’étant plus asservi au tracé de l’esquisse préalable à la pose de l’aquarelle, joue ici à part égale avec le pinceau et lui répond de manière presque musicale. Structurée par la ligne d’horizon à mi-hauteur, la composition repose sur un effet de symétrie entre les flots tumultueux, évoqués au trait et à l’aquarelle, et le ciel menaçant dont les masses de nuages sont rendues par des hachures nerveuses et appuyées, lavées d’aquarelle gris pâle. Mais c’est peut-être dans sa manière de réserver le blanc du papier, pour créer des trouées dans les nuages, ou de l’écume à la crête des vagues, que Huet révèle tout son talent à synthétiser rapidement une nature en mouvement4.

En l’absence d’inscription ou d’indice de localisation, il est difficile de se prononcer sur le lieu où Huet a pu observer une telle mer déchaînée, mais il s’agit probablement d’une vue prise sur le littoral normand, l’une des grandes sources d’inspiration de l’artiste. Une même palette rabattue de gris, bleus et verts, ainsi qu’un traitement similaire de la lumière, se retrouvent en effet dans les paysages côtiers qu’il immortalise près de Honfleur ou d’Étretat. Le thème – hautement romantique – de la mer tempétueuse est présent quant à lui dans plusieurs œuvres de Huet, comme par exemple sa Grande marée d’équinoxe dans les environs de Honfleur5, daté 1861, ou encore l’Orage sur la mer près de Nice, aquarelle datée de 1839, qui se trouvait tout comme notre dessin dans la collection d’Alfred Normand6.

Paul Huet est un artiste bien représenté dans les collections de la Fondation Custodia, qui conserve six de ses dessins, dans des techniques variées. Au sein de cet ensemble, notre marine récemment acquise se remarque pour sa liberté et sa spontanéité. Elle est à rapprocher en cela d’une feuille d’études de ciel à l’aquarelle7, qui témoigne d’expérimentations analogues de l’artiste, à la recherche d’effets pour traduire, en quelques touches de pinceau, la fugacité d’une lumière ou le passage des nuages8. MNG

1Lydia Harambourg, « HUET Paul », Dictionnaire des peintres paysagistes français au XIXe siècle, Neuchâtel, 1985.

2Dans ses notes, Huet relate « l’événement » dans l’histoire de la peinture moderne que fut l’apparition des œuvres de Constable ; René Paul Huet, Paul Huet d’après ses notes, sa correspondance, ses contemporains, Paris, 1911, p. 95 ; et Elisabeth Maréchaux Laurentin et al., Lamartine et le paysage romantique autour de Paul Huet, cat. exp., Mâcon, Musée des Ursulines, 2003, p. 13.

3Pierre Miquel, Paul Huet. De l’aube romantique à l’aube impressionniste, Paris, 2011, p. 44.

4« Combien j’aurais voulu, l’imagination frappée par l’immensité et la puissance de la Nature, rendre ces grands spectacles qu’elle déroule constamment devant nos yeux, exprimer les émotions que nous font éprouver l’aspect de ses mystères, le charme et la mélancolie de ses profondeurs », écrivait Huet dans ses notes, citées par Maréchaux Laurentin et al., 2003, op. cit. (note 2), p. 14.

5Paris, Musée du Louvre, inv. RF 1066 bis (huile sur toile ; 101 × 164,5 cm) ; École Française (Catalogue des peintures du Louvre, vol. I), Paris, 1972, p. 207 ; Isabelle Compin et Anne Roquebert, École Française (Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre et du musée d’Orsay, vol. III), Paris, 1986, p. 316 ; http://www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/pres.htm.

6Paris, Alfred Normand (aquarelle ; 230 × 295 mm) ; Louis-Antoine Prat, Le dessin français au XIXe siècle, Paris, 2011, p. 305, fig. 708.

7Paris, Fondation Custodia, inv. 1998-T.9 (aquarelle ; 245 × 278 mm).

8Cela s’applique également à deux dessins de Huet, encore plus radicaux dans leur abstraction, Paris, Musée du Louvre, inv. RF 31713 (aquarelle ; 72 × 238 mm) et inv. RF 31714 (aquarelle ; 105 × 362 mm) ; http://arts-graphiques.louvre.fr.

9Lydia Harambourg, « HUET Paul », Dictionnaire des peintres paysagistes français au XIXe siècle, Neuchâtel, 1985.

10Dans ses notes, Huet relate « l’événement » dans l’histoire de la peinture moderne que fut l’apparition des œuvres de Constable ; René Paul Huet, Paul Huet d’après ses notes, sa correspondance, ses contemporains, Paris, 1911, p. 95 ; et Elisabeth Maréchaux Laurentin et al., Lamartine et le paysage romantique autour de Paul Huet, cat. exp., Mâcon, Musée des Ursulines, 2003, p. 13.

11Pierre Miquel, Paul Huet. De l’aube romantique à l’aube impressionniste, Paris, 2011, p. 44.

12« Combien j’aurais voulu, l’imagination frappée par l’immensité et la puissance de la Nature, rendre ces grands spectacles qu’elle déroule constamment devant nos yeux, exprimer les émotions que nous font éprouver l’aspect de ses mystères, le charme et la mélancolie de ses profondeurs », écrivait Huet dans ses notes, citées par Maréchaux Laurentin et al., 2003, op. cit. (note 2), p. 14.

13Paris, Musée du Louvre, inv. RF 1066 bis (huile sur toile ; 101 × 164,5 cm) ; École Française (Catalogue des peintures du Louvre, vol. I), Paris, 1972, p. 207 ; Isabelle Compin et Anne Roquebert, École Française (Catalogue sommaire illustré des peintures du musée du Louvre et du musée d’Orsay, vol. III), Paris, 1986, p. 316 ; http://www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/pres.htm.

14Paris, Alfred Normand (aquarelle ; 230 × 295 mm) ; Louis-Antoine Prat, Le dessin français au XIXe siècle, Paris, 2011, p. 305, fig. 708.

15Paris, Fondation Custodia, inv. 1998-T.9 (aquarelle ; 245 × 278 mm).

16Cela s’applique également à deux dessins de Huet, encore plus radicaux dans leur abstraction, Paris, Musée du Louvre, inv. RF 31713 (aquarelle ; 72 × 238 mm) et inv. RF 31714 (aquarelle ; 105 × 362 mm) ; http://arts-graphiques.louvre.fr.