40. Giovanni Francesco Grimaldi, dit Il Bolognese

Bologne 1606 – 1680 Rome

Paysage avec un pêcheur

Formé à Bologne, dans le cercle des Carrache, Grimaldi arrive à Rome vers 1626. Il devient membre de l’Académie de Saint-Luc et gravite dès lors dans l’entourage de Pierre de Cortone (1596-1669). Peintre et architecte, Grimaldi se distingue également par son talent graphique, comme l’illustrent ses nombreux dessins conservés1 – le plus souvent exécutés à la plume et rehaussés de lavis brun – et ses non moins nombreuses eaux-fortes, consistant très majoritairement en des paysages. Il s’y révèle un suiveur inspiré de ses compatriotes bolonais, les Carrache et le Dominiquin (1581-1641), qui ont établi le canon classique du genre.

Dans cette eau-forte au dessin très linéaire, qui ménage de larges réserves de papier, Grimaldi dispose tous les éléments caractéristiques de ses compositions : l’eau – omniprésente –, les arbres, des architectures vernaculaires, un pont à arche, et quelques personnages. L’aquafortiste use de tailles courbes et parallèles pour transcrire les volumes renflés du tronc de l’arbre de droite, et intensifie ses noirs, par une deuxième morsure de la plaque, pour détacher le premier plan. Cet arbre, bien plus qu’un motif repoussoir, est traité comme le sujet principal et structure la composition, avec sa ligne sinueuse et le traitement quasi-calligraphique de ses branchages. Au second plan à gauche, sur la rive opposée, un deuxième arbre semble lui répondre. Les figures pittoresques des pêcheurs, ainsi que les constructions, paraissent presque anecdotiques comparées à la silhouette imposante de l’arbre qui les abrite. La clarté et la fraîcheur qui se dégagent de ce paysage lui confèrent un charme spontané, que n’ont pas toujours les compositions plus ambitieuses de Grimaldi, souvent figées dans un certain classicisme, ou répétant des formules éprouvées. Au vu de l’ensemble des paysages gravés par l’artiste, dont les compositions sont souvent beaucoup plus denses et complexes, la simplicité relative de ce sujet dénote une œuvre de jeunesse2.

Signalée dès 1819 par Bartsch, mais non localisée jusqu’à une date récente – elle ne figurait pas non plus dans la monographie d’Anna Maria Matteucci et Rossella Ariuli de 2002, qui la cataloguaient sans avoir pu retrouver sa trace dans une collection publique – cette estampe, tout comme son pendant3, ne fut publiée pour la première fois qu’en 2012 par Paolo Bellini. L’exemplaire décrit par ce dernier, qui appartient aux collections de l’Albertina de Vienne, était jusqu’alors attribué à Crescenzio Onofri (1632-1698), ce qui explique sa redécouverte tardive. Dans l’attente de la localisation éventuelle d’autres exemplaires que ceux mentionnés par Bellini, ces deux pendants demeurent donc des raretés dans les collections institutionnelles.

La Fondation Custodia possédait déjà six dessins de Grimaldi, acquis par Frits Lugt, tous exécutés à l’encre brune, qui révèlent une prédilection pour les paysages de rivière et les études d’arbres. Les deux gravures acquises en 2016 illustrent donc parfaitement la production graphique de l’artiste et les motifs qui lui sont chers. MNG

1Voir en particulier dans les collections du Louvre et du British Museum.

2Paolo Bellini, L’opera incisa di Giovanni Francesco Grimaldi, Bologne, 2012, p. 126.

3Paris, Fondation Custodia, inv. 2016-P.19 (eau-forte ; 205 × 175 mm) ; ibid., n° 50, repr.