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38. Francesco José de Goya y Lucientes

Fuendetodos 1746 – 1828 Bordeaux

Autoportrait, vers 1797-98

On connaît divers autoportraits de Goya, peints ou dessinés, dans lesquels le peintre nous révèle un aspect toujours différent de lui-même1. Dans une toile réalisée relativement tôt dans sa carrière (vers 1773), il se représente plongé dans ses pensées, le visage sortant de l’ombre – l’artiste en contemplation2. Dans un tableau de grand format daté de 1783, il se met en scène dans la pose très humble du peintre qui tend à son premier commanditaire Don de Floridablanca la peinture que ce dernier lui a commandée3. L’ambiance est toute autre dans son sublime petit Autoportrait dans son atelier (Real Academia de Bellas Artes, Madrid) qui le montre au travail avec sa palette de couleurs : debout devant la fenêtre, l’œil tourné vers le spectateur, dans une magnifique lumière tamisée4. Et puis il y a les dessins dans lesquels il se représente, utilisant diverses techniques, toujours avec une remarquable intensité5 ; d’autres encore, dans lesquels il apparaît comme protagoniste, tel son projet pour la page de titre du cycle Sueños Rêves »), conçu à l’origine pour être le frontispice des Caprices, composition qu’il reprend dans un dessin pourvu d’une inscription expliquant le but poursuivi par sa série : « L’auteur rêvant. Son seul dessein est de bannir les idées préjudiciables communément admises et de perpétuer avec ces Caprichos, le solide témoignage de la vérité »6.

Goya a finalement intégré l’estampe gravée d’après ce dessin à la série des Caprices (planche 43 : Le Sommeil de la raison engendre des monstres)7 et choisi un autre frontispice, pour les besoins duquel il a également réalisé un dessin préparatoire : notre autoportrait. Pour réussir à se mettre ainsi en scène de profil, il s’est probablement aidé de deux miroirs. Dans le dessin, l’expression est moins chargée, la bouche n’est pas si fortement tirée vers le bas8. Dans une analyse pénétrante de son faciès, Eleanor Sayre, spécialiste de Goya, se réfère au traité de Charles Le Brun sur l’« expression des passions » et illustre son propos par une reproduction du « Mépris »9. Elle rappelle que les premiers spectateurs de l’estampe jugeaient l’expression faciale de Goya « satirique » et qu’il leur paraissait de « mauvaise humeur »10. Goya a lui-même évoqué ses yeux enfoncés (« ojos undidos ») et son nez retroussé (« romo ») dans une lettre de 178711 et il savait parfaitement en tirer parti. Sa manière de se représenter avec un regard apitoyé en ouverture des Caprices, une série qui dénonce la bêtise humaine et met en scène d’inéluctables démons – un sommet indépassable de la gravure occidentale – témoigne de sa sensibilité artistique et de son inventivité : cette œuvre lui a permis d’exprimer son esprit critique et contemplatif, source de ces images stupéfiantes.

Dans son catalogue raisonné des estampes de Goya, Tomas Harris a répertorié le nombre d’épreuves imprimées à partir de la planche de cuivre de notre autoportrait, passée sous la presse tout au long du XIXe siècle pour d’innombrables publications12. Les traces d’usure gâchent ainsi quantité d’exécrables tirages tardifs. Nous n’en sommes que plus heureux d’avoir pu mettre la main sur un des premiers tirages de cet iconique autoportrait, qui rend pleinement justice à l’ambition du graveur. Le papier est grainé et épais, comme c’est le cas pour d’autres épreuves d’essai, et les dimensions de la feuille non coupée correspondent précisément13. Le ton à l’arrière-plan est superbement équilibré, les hachures ont la profondeur adéquate pour donner du volume au visage et l’aquatinte dans le manteau remplit parfaitement son rôle : suggérer qu’un lavis d’encre grise a été appliqué. Les gros favoris sont particulièrement convaincants : chaque poil de barbe y est soigneusement différencié. Les sourcils sont d’aspect plus filasse. Le chapeau brille, mais d’un autre éclat que les touffes de cheveux qui dépassent par-dessous. GL

1Manuela B. Mena Marqués, « Goya Looks at Himself », dans Stephanie Loeb Stepanek, Frederik Ilchman et Janis A. Tomlinson, Goya. Order & Disorder, cat. exp., Boston, Museum of Fine Arts, 2014-2015, p. 84-103. Voir aussi le petit Autoportrait tardif de la Collection Gutierrez de Calderon à Madrid ; Juliet Wilson-Bareau et Manuela B. Mena Marqués, Goya. Truth and Fantasy. The Small Paintings, cat. exp., Madrid, Museo del Prado, Londres, Royal Academy of Arts, et Chicago, The Art Institute, 1994, p. 256-58, cat. n° 63.

2Alfonso Pérez Sanchez dans Alfonso Pérez Sanchez et Eleanor A. Sayre, Goya and the spirit of the Enlightenment, cat. exp., Madrid, Museo del Prado, Boston, Museum of Fine Arts, et New York, The Metropolitan Museum of Art, 1988-1989, p. 7-8, cat. n° 3.

3Ibid., p. 8-11, cat. n° 4.

4Margarita Moreno de las Heras in ibid., p. 41-42, cat. n° 18.

5Voir Manuela B. Mena Marqués in ibid., p. 78-79, cat. n° 34 ; Janis A. Tomlinson dans Richard R. Brettell et al., Nineteenth- and Twentieth-Century European Drawings (The Robert Lehman Collection, vol. IX.), New York et Princeton, 2002, p. 13-16, n° 5 ; et Manuela B. Mena Marqués in Pérez Sanchez et Sayre, 1988-1989, op. cit. (note 2), p. 78-79, cat. n° 34.

6Ibid., p. 110-15, cat. nos 50-51 ; et Juliet Wilson-Bareau, Goya. La década de los Caprichos. Dibujos y aguafertes, cat. exp., Madrid, Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, 1992, p. 9-13, nos 5-8.

7Ibid., p. 115-17, cat. n° 52.

8Pierre Gassier, Les dessins de Goya, 2 vol., Fribourg, 1975, vol. II, p. 103, n° 66. Une bonne reproduction en couleurs de ce dessin se trouve dans Colta Ives et Susan Alyson Stein, Goya in The Metropolitan Museum of Art, cat. exp., New York, The Metropolitan Museum of Art, 1995, p. 76, fig. 44.

9Pérez Sanchez et Sayre, 1988-1989, op. cit. (note 2), p. 84-86.

10Ibid., p. 86.

11Ibid., p. 84.

12Tomas Harris, Goya. Engravings and lithographs, 2 vol., Oxford 1964, vol. II, p. 70-71. Voir aussi Eleanor A. Sayre, The Changing Image. Prints by Francesco Goya, cat. exp., Boston, Museum of Fine Arts, 1974, p. 54-65, cat. nos 34-37.

13Ibid., p. 63 sous cat. n° 2. Épreuves d’essai avec corrections.