30. Egbert van Drielst

Groningen 1745 – 1818 Amsterdam

Paysage avec cavaliers et voyageurs, 1778

Après avoir effectué son apprentissage de décorateur dans un atelier confectionnant des objets laqués à Groningen, Egbert van Drielst se rend à Haarlem pour travailler dans l’atelier de tentures peintes de Jan Augustini (1727-1773). En 1765, il s’installe à Amsterdam, où il se forme auprès de Hendrik Meijer (1744-1793) et de Jan Smeijers (1741-1813). Il exécute ses premières tentures peintes autour de 17701. À l’époque, les paysages hollandais aussi bien qu’italianisants sont à la mode pour la décoration des belles demeures bourgeoises. Le Paysage avec cavaliers et voyageurs se rapproche par l’exécution et le motif de deux dessins de paysages de Van Drielst, qui s’inspirent de l’œuvre de l’artiste italianisant Jan Both (1618/22-1652)2. Cependant, plusieurs éléments tels que les fermes basses qu’on aperçoit à travers les arbres et l’auberge sur la gauche, paraissent avoir été faits sur le motif d’après les paysages boisés de la Drenthe, au nord-est des Pays-Bas.

Van Drielst a passé sa vie à faire la navette entre Amsterdam et la province de Drenthe, une région encore connue de nos jours pour ses landes, ses tourbières et son épaisse forêt3. D’après le collectionneur Jacob de Vos Willemsz. (1774-1844), Van Drielst s’y rendait parce qu’il souhaitait voir de ses propres yeux la nature telle qu’elle avait été peinte par Jacob van Ruisdael (1628/29-1682) et Meindert Hobbema (1638-1709)4. Ce paysage de la Drenthe, alors relativement préservé, devient sa principale source d’inspiration, d’où son surnom : « le Hobbema de la Drenthe ».

Lorsque sa production de tentures peintes décline du fait de l’évolution du goût pour les décors intérieurs à la fin du XVIIIe siècle, Van Drielst se consacre à l’exécution de peintures et de dessins de paysages pour les collectionneurs. Il réalise souvent des esquisses, dites schetzen, à la pierre noire, rehaussées de lavis gris, qui lui servent ensuite de points de départ pour des dessins plus achevés ou des aquarelles. Ainsi que l’artiste l’a inscrit lui-même au verso, cette feuille a servi de schets pour un dessin plus fini dans la collection de Jan van Dijk († 1790) à Amsterdam. Un deuxième dessin de Van Drielst, qui représente un paysage d’hiver avec des bûcherons près d’une ferme, porte une inscription semblable5. Les deux feuilles sont des études préparatoires pour deux dessins achevés, qui firent partie d’une série des quatre saisons créée par Van Drielst pour la collection de Van Dijk6. Dans la vente de ce dernier, cette série est décrite comme comportant quatre dessins de paysages qui représentent « le printemps revigorant », « le plaisant été », « l’automne orageux » et « le froid hiver »7. La description du « plaisant été » correspond au dessin de Van Drielst évoqué ici, ainsi qu’à une feuille aboutie, de même composition, rehaussée de lavis brun et gris, à Weimar8.

De nombreux artistes, s’inspirant de réflexions philosophiques sur la Nature à la fin du XVIIIe siècle, reprennent un thème fréquent dans les arts visuels : les changements de saisons. Aux Pays-Bas, le poème The Seasons (1730) du poète et dramaturge écossais James Thomson (1700-1748) connaît un immense succès. On le loue pour son talent d’évocation de vastes paysages spectaculaires, mais aussi des minuscules détails caractéristiques de la nature. Van Drielst a assurément connu la traduction hollandaise du poème, parue en 17699. Dans chaque détail du Paysage avec cavaliers et voyageurs l’été est omniprésent. On serait presque tenté d’endosser un maillot de bain pour rejoindre les baigneurs dans le petit étang. MR

1Bert Gerlagh et Eveline Koolhaas-Grosfeld, Egbert van Drielst 1745-1818, cat. exp., Assen, Drents Museum, et Dordrecht, Dordrechts Museum, 1995, p. 25.

2Leyde, Prentenkabinet Universiteit Leiden, inv. PK-1973-T-18 (pointe du pinceau et encre grise, lavis gris, sur une esquisse à la pierre noire ; 300 × 440 mm) ; localisation inconnue (pointe du pinceau et encre grise, lavis gris, sur une esquisse à la pierre noire ; 355 × 510 mm) ; ibid., p. 26-27, fig. 14 et 16.

3En 1778, année durant laquelle il dessine Paysage avec cavaliers et voyageurs, l’artiste s’est rendu dans la Drenthe ; ibid., p. 144.

4Ibid., p. 114.

5La Haye, Gemeentemuseum, inv. T 4-35 (pointe du pinceau et encre grise, lavis gris, sur une esquisse à la pierre noire ; 416 × 578 mm. Inscrit au verso, en haut à droite, par l’artiste, à l’encre brune : « De tekeningen van deze Schetzen zijn / berustende in het Cabinet van de / Heer Jan van Dijk te Amsterdam / E : van Drielst 1778 ») ; J.W. Niemeyer, Egbert van Drielst : ‘De Drentse Hobbema’ 1745-1818, cat. exp., Assen, Drents Museum, 1968, sous n° 16, p. 15-16.

6L’auteur prépare un article sur cette série et le rapport de l’artiste avec Van Dijk.

7Vente, Jan van Dijk (mort en 1790, Amsterdam), Amsterdam (Van der Schley et al.), 14 mars 1791, Album K, n° 3 « Vier stuks Capitaale Ordonnantien en ryk gestoffeerde Landschappen, verbeeldende de vier Getyden van het Jaar, de verkwikkende Lente, vertoont gedeeltelyk een Rivier, waar in een overvaarende Pont met Vee en Reizigers, en een Veehoeder met Schaapen, Visschers &c. de aangenaame Zoomer, verbeeld gedeeltelyk Boschgezicht en Akkerlanden, reizende en rustende Lieden met Vee, de onstuimige Herfst, een rydende en belaaden Hessenkar en eenige Reizigers ; de koude Winter, door Boeren Wooningen, Geboomte en weegen met Sneeuw bedekt, waar op sommige met Paard en Slee op ‘t Ys ryden, terwijl landlieden bezig wijn Hout te hakken ; alles natuurlyk krachtig en Meesterlyk met de Pen, oostind. Inkt en Roet getekend, door E. van Drielst », 300 florins à C.S. Roos.

8Weimar, Schlossmuseum, inv. KK 4970 (pointe du pinceau et encre grise, lavis brun et gris, sur une esquisse à la pierre noire, sur papier grisâtre ; 409 × 582 mm) ; voir aussi Selected Works XII, Berlin, Nicolaas Teeuwisse, 2012, sous n° 23.

9Gerlagh et Koolhaas-Grosfeld 1995, op. cit. (note 1), p. 131.

10Selon Gerlagh et Koolhaas-Grosfeld, l’artiste a souvent vendu des œuvres directement à Daniël de Jongh ; ibid., p. 73-74.