29. Frans van Mieris l’Ancien

Leyde 1635 – 1681 Leyde

Willem Paets dans son berceau, 1665

Dans ses dessins, le fijnschilder (peintre fin) Frans van Mieris semble avoir eu une prédilection pour la pierre noire. L’effet obtenu était à peu près identique à celui du fusain, avec lequel, rapporte Arnold Houbraken, le jeune Frans barbouillait les murs de l’atelier de son père1. Les quelque trente-cinq dessins que l’on connaît de Van Mieris ont pour la plupart été soigneusement exécutés sur vélin et de toute évidence destiné au marché2.

Pour un petit nombre de feuilles conservées, l’artiste s’est attaché à capter une attitude ou une émotion3. Dans le cas présent, il s’agit de la physionomie d’un enfant endormi : le doux modelé de son visage aux joues pleines contraste avec le rendu plus libre de tout ce qui l’entoure. Le bébé est couché dans un berceau. Le noir profond derrière la tête reproduit l’ombre de sa capote ; en quelques traits, Van Mieris donne à voir la bordure en osier tressé. L’artiste a repris cette étude dans un dessin plus détaillé sur vélin, dans lequel il a ajouté la présence d’une nourrice à côté de l’enfant et placé la scène dans un intérieur4.

La provenance des deux feuilles a permis d’identifier avec certitude l’enfant : Willem Paets (1665-1740), devenu plus tard un membre éminent de la bourgeoisie de Leyde, dont il fut plusieurs fois le maire, tout comme son père Cornelis (1636-1694). Ce dernier avait suivi dans ses jeunes années des cours de dessin dans l’atelier de Frans van Mieris et en 1665, année de naissance de Willem, il avait commandé à celui-ci un portrait peint de son épouse Agatha5. On a supposé que la femme représentée dans la version plus détaillée de Londres pouvait être Agatha, morte en 1674, mais rien ne permet de l’affirmer6. Dans le cas de notre dessin, l’inscription nous apprend qu’il a été exécuté en novembre 1665, alors que le jeune Paets, né le 28 août de cette même année, était âgé de deux mois et demi. Cette annotation n’est pas de la main de Van Mieris, mais probablement d’un membre de la famille Paets qui avait les deux feuilles en sa possession jusqu’en 17517.

MvS

1Arnold Houbraken, De groote schouburgh der Nederlantsche konstschilders en schilderessen, 1718-1721, III, p. 2.

2Naumann 1978, p. 23-32, attribution de trente dessins à Van Mieris ; pour deux changements d’attribution et quatre additions, voir cat. exp. La Haye/Washington 2005, p. 240-241 ; pour un dessin nouvellement découvert, voir Gerdien Wuestman, « Een onbekende voorstudie door Frans van Mieris », Delineavit et Sculpsit, n° 39, 2015.

3Cat. exp. Paris/Washington 2016-2017, sous le n° 114, p. 252.

4Portrait de Willem Paets enfant, 1665, pierre noire sur vélin, 294 × 233 mm, British Museum, Londres, inv. 1895,0915.1210.

5Portrait d’Agatha Paets, 1665, huile sur panneau, 27 × 21,5 cm, collection privée, États-Unis.

6J. G. van Gelder 1976, p. 72-73 et cat. exp. La Haye/Washington 2005, n° 36.

7Cat. exp. La Haye/Washington 2005, n° 36 ; l’année 1664 inscrite sur la feuille conservée au British Museum est probablement une erreur commise par un membre de la famille.