26. Hendrick Goltzius

Mulbracht 1558 – 1617 Haarlem

Portrait de Frederik de Vries, 1597

Cette estampe, qui doit son existence à une circonstance particulière, n’est pas seulement un chef-d’œuvre mais aussi un document unique, un gage d’amitié. Pendant son voyage en Italie de 1590 et 1591, en route vers Rome, Hendrick Goltzius a rendu visite au peintre néerlandais Dirck de Vries, qui vivait et travaillait à Venise. Près d’un an plus tard, sur le chemin du retour à Haarlem, il est repassé le voir. À cette occasion, De Vries pria Goltzius de ramener avec lui ses deux fils, Frederik et Pieter Antonij, aux Pays-Bas et de s’en occuper, ce qu’il accepta de faire. À Venise, Goltzius a réalisé de petits portraits de Frederik, alors tout jeune enfant1. Sept ans après ce voyage, il a gravé cette imposante estampe. L’inscription indique que l’artiste voulait montrer à son ami, demeuré dans son Italie lointaine, à quoi ressemblait désormais son fils.

Pour autant, cette estampe est davantage qu’une simple effigie. Le grand chien joue un rôle important en remplissant une fonction allégorique. Selon le Wtbeeldinge der Figuren de Karel van Mander, le chien est synonyme de vigilance et de fidélité, deux vertus auxquelles le garçon – qui, avec son pigeon, symbolise la simplicité – doit aspirer, explique la légende de Petrus Scriverius2. Mais Van Mander souligne aussi : « Le chien symbolise le bon professeur, il doit aboyer sans crainte et veiller sur les âmes »3. Cette tâche – veiller au bien-être mental et physique de l’homme – Goltzius se l’est imposée à lui-même ; il était aussi bien le tuteur que le mentor du jeune Frederik. En suivant cette interprétation, on pourrait dire que Goltzius s’est ici représenté lui-même (sous l’apparence de son propre chien (voir cat. 25).

Le rendu des textures est d’un extraordinaire raffinement. Goltzius a adapté sa technique de graveur en fonction de la matière à représenter4 : le tissu du gilet du petit Frederick semble briller, l’écorce de l’arbre a un aspect rugueux et la raideur de la fourrure à poils longs du chien est rendue presque palpable. L’image de cet enfant est communicative et nous fait partager son plaisir à s’imaginer partir « à la chasse au faucon comme un chevalier »5. Plus encore, ce garçon qui joue et lance un regard malicieux à l’adresse du spectateur est rafraîchissant et représente une rupture par rapport à la tradition compassée des portraits formels d’enfants, tels qu’il s’en imprimait beaucoup aux XVIe et XVIIe siècles.

MvS

1Hans Buijs et Ger Luijten (éds.), Goltzius to Van Gogh : Drawings and Paintings from the P.&N. de Boer Foundation, cat. exp., Paris, Fondation Custodia, 2014-2015, n° 50.

2Cat. exp. Amsterdam/New York/Toledo 2003-2004, p. 165.

3« De Hondt beteyckent den rechten Leeraer, die onbeschroemt moet ghestadich bassen, de wacht houden over ’s Menschen. » Karel van Mander, "Wtbeeldinge der figuren", dans Van Mander, Schilder-boeck, 1604, fol. 128v.-131v.

4Luijten 1993, p. 234.

5Cat. exp. Amsterdam/New York/Toledo 2003-2004, p. 165.