19. Giovanni David

Cabella Ligure 1743 – 1790 Gênes

Le Masque au Caffé ; Le Zendale ; Gaspar Gribolari Brocanteur à Padoue ; Le Perruquier fatigué, 1775

Le peintre et graveur Giovanni David dut pour une grande part son ascension à son compatriote ligure Giacomo Durazzo (1717-1794). Ce dernier, qui mena une belle carrière diplomatique entre l’Italie et l’Autriche, grand amateur d’art, l’introduisit auprès du maître romain Domenico Corvi (1721-1803). Durazzo était également un passionné de théâtre1. David doit sans doute aux intérêts de son protecteur d’avoir été choisi, quelques temps plus tard, comme peintre de décors au théâtre de La Fenice, à Venise. Les « Divers Portraits gravés à l’eau-forte, et dédiés à Mr Dominique Corvi Peintre celebre par Jean David Genois son eleve. A Venise. 1775. » s’inscrivent sans conteste dans un univers empreint des références du théâtre populaire et de la commedia dell’arte.

Ces douze personnages vénitiens campés avec verve par David, l’année même de son installation dans cette ville où il rejoint Durazzo2, sont des figures de caractères – seul le Brocanteur étant un véritable portrait –, sous-titrées chacune par une citation de Boileau issue des Satires ou des Épîtres. Non sans une certaine ironie, David dépeint des figures pittoresques isolées, dans l’esprit des capricci, ces saynètes triviales qui connaissaient alors un franc succès dans la Venise du XVIIIe siècle, et qui constituaient un exercice de choix pour tout artiste désireux de se faire connaître3. C’est certainement sur le plan technique, toutefois, que les Divers portraits se distinguent au sein de la production gravée dans ce centre majeur de l’estampe qu’était alors Venise. En effet, si les premiers états des planches de la série sont réalisés à l’eau-forte seule, David rehausse les deuxièmes états d’aquatinte, une technique complexe mise au point par le Français Jean-Baptiste Le Prince (1734-1781) au milieu des années 1760. La série doit donc être considérée comme l’un des plus anciens exemples – sinon le premier – d’application de ce procédé dans l’estampe vénitienne. La portée de cette innovation dépassera les frontières italiennes et inspirera notamment Goya (1746-1828), qui la mettra en œuvre à son tour dans sa série des Caprichos4. L’aquatinte permet à l’artiste de créer une subtile palette de demi-teintes, au plus près des effets obtenus dans le dessin par des lavis gris. La grenure induite sur la matrice d’impression par le dépôt de la poudre d’aquatinte confère à ces nuances une texture caractéristique. David démontre sa parfaite maîtrise du procédé en jouant sur la densité et la finesse de la poudre, ainsi que sur le temps de morsure, selon l’intensité de gris qu’il recherche. Il alterne ces valeurs avec des réserves de blanc, comme l’illustre par exemple le premier plan du Brocanteur.

La Fondation Custodia est à ce jour la troisième institution à conserver la série complète des Divers portraits, privilège qu’elle partage avec l’Albertina de Vienne et la National Gallery de Washington. MNG

1C. G. Boerner, Etchings by Giovanni David, Düsseldorf, 2000, p. 3-4.

2Ibid., p. 3.

3Ibid., p. 5.

4La leçon de David est particulièrement perceptible dans les planches 5, 15 et 27 des Caprichos » de Goya, qui trahissent l’influence du Zendale ; Mary Newcome Schleier et Giovanni Grasso, Giovanni David. Pittore e incisore della famiglia Durazzo, Turin, 2003, sous le n° 14a.