11. Moses ter Borch

Zwolle 1645 – 1667 Harwich

Figure debout

Le talent de Moses ter Borch, benjamin de la famille d’artistes originaire de Zwolle, n’a hélas pas eu la chance de s’épanouir. Moses est mort en mer à l’âge de vingt-deux ans alors qu’il combattait avec la flotte néerlandaise pendant la deuxième guerre anglo-néerlandaise (1665-1667). Ses nombreux autoportraits dessinés montrent qu’il possédait toutes les qualités requises et qu’il aurait même pu faire de l’ombre à son demi-frère, Gerard ter Borch le Jeune (voir cat. 9). Ces effigies, toujours rendues en traits bien choisis, traduisent quantité d’humeurs et d’expressions faciales différentes – la joie, le mécontentement, la vanité, la douleur, etc. – en sorte que nous avons presque l’impression de connaître intimement le jeune Moses.

Un autre groupe de dessins qui confirme son talent de dessinateur rassemble des études d’hommes d’équipage et de matelots. Cette figure debout appartient à cet ensemble. On connaît une vingtaine d’autres feuilles de sa main représentant ce type de marins à la sanguine et à la pierre noire, que l’artiste a probablement dessinés pendant son service maritime1. On suppose que Moses a tracé ces jeunes hommes à la lumière d’une bougie ou d’une torche2. Le vif contraste entre les parties ombrées, minutieusement hachurées, et les surfaces de papier réservées qui captent la lumière – comme ici dans le foulard noué autour du cou – produit un remarquable clair-obscur. On le voit également très bien dans la tête tournée du modèle et les plis marqués de son vêtement.

Comme il l’a fait pour cinq autres études de ce groupe, Moses a commencé par esquisser sa figure à la pierre noire. C’est seulement après qu’il a repassé son dessin à la sanguine, en s’écartant à certains endroits (comme les bottes) de son premier tracé hésitant. Il est difficile de déterminer s’il a dessiné le modèle sur le vif ou repris un de ses dessins d’après nature déjà existant. Sur une de ces études de figure, au rendu plus schématique, son père, Gerard l’Ancien, a noté Mosus ter Borch, dessin d’après nature en janvier 16603 ; une copie de celle-ci prudemment exécutée et mise au net est conservée à Berlin4. On ne peut exclure qu’un croquis plus sommaire ait également précédé notre feuille5.

Un nombre inscrit au crayon, comme le 56 (?) sous notre modèle, réapparaît sur la plupart des études (surtout les plus soignées d’entre elles) de ce groupe. C’est pourquoi certains ont émis l’hypothèse qu’elles étaient rassemblées dans un carnet de croquis ou un album6. Ce recueil aurait alors pu servir à Moses de répertoire de modèles pour lui-même, ou pour que ses clients puissent choisir parmi les différents personnages. On peut facilement imaginer ce garçon dans un tableau de genre (tel qu’en réalisait son frère Gerard), se tenant debout près d’un feu de cheminée parmi d’autres figures.

MvS

1McNeil Kettering 1988 ; entre autres au Kupferstich-Kabinett, Dresde, inv. C 1914-67, C 1914-79, C 1914-80 et C 1929-143 ; Rijksmuseum, Amsterdam, inv. RP-T-1951-14 ; Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie Graphische Sammlung, Francfort-sur-le-Main, inv. 923, 924, 2916 et 2917 ; Nasjonalmuseet, Oslo, inv. B 15733 ; Fogg Art Museums, Cambridge, inv. 1.2018.292 ; Kupferstichkabinett Staatliche Museen Berlin, inv. 11656 ; Baltimore Museum of Art ; Courtauld Gallery, Londres, inv. Witt Collection 2204 ; collection privée, New York ; d’autres sont récemment apparus sur le marché, comme lors de la vente Sotheby’s du 6 juillet 2005, lot n° 152.

2Cat. exp. New York/Paris 1977-1978, n° 15.

3Mosus ter Borch nae het leven geteijckent January 1660, Baltimore Museum of Art, voir McNeil Kettering 1988, vol. 2, n° 50.

4Kupferstichkabinett Staatliche Museen Berlin, inv. 11656.

5McNeil Kettering 1988, p. 287, « […] il est possible que beaucoup des dessins achevés, ou même tous, aient été précédés d’esquisses préparatoires des plus sommaires ».

6Cat. exp. New York/Paris 1977-1978, n° 15.