10. Harmen ter Borch

Zwolle 1638 – avant 1677 Zwolle

Jenneken ter Borch écrivant, 1653

Dans la famille Ter Borch, établie à Zwolle, dans l’est des Pays-Bas, le père, Gerard l’Ancien (1582/1583-1662), apprit à sa progéniture à dessiner à un très jeune âge. Il veillait aussi à conserver très scrupuleusement leurs productions. À sa mort, sa fille Gesina ter Borch (1631-1690) a repris le flambeau et elle l’a ensuite transmis à la génération suivante, pour que les œuvres restent aux mains de la famille. En sorte que la succession Ter Borch était pratiquement intacte lorsqu’en 1886, le Rijksprentenkabinet d’Amsterdam a acquis de ses derniers héritiers plus d’un millier de feuilles. Près de quatre-vingt-dix dessins, dont celui qui nous occupe, ont cependant quitté la collection familiale1.

Gerard l’Ancien avait pour habitude d’annoter ces feuilles – pour la plupart sur le recto – pour garder en mémoire qui l’avait fait et souvent aussi la date de réalisation. Notre dessin ne déroge pas à la règle et présente une inscription de sa main – Har.t Borch de[n] 8.Novembr 1653. nae Janneke[n]. Grâce à celle-ci, nous savons non seulement que Harmen, âgé de quatorze ans, en est l’auteur, mais aussi que la fillette représentée n’est autre que sa sœur cadette, Jenneken (les deux enfants sont issus du troisième mariage de Gerard avec Wiesken Matthijs (1607-1683)). Elle est représentée en train d’écrire et regarde attentivement le papier posé devant elle. Harmen avait repris de son père et de son frère aîné, Gerard le Jeune (voir cat. 9), l’usage de choisir pour modèles les membres de sa famille, et les autres enfants ont tous fait de même – les exemples sont nombreux. Toutes ces études, accompagnées des annotations du père, nous permettent de nous faire une idée plus précise de la vie familiale des Ter Borch et de l’environnement dans lequel les frères et sœurs se sont exercés ensemble avec assiduité au dessin2.

Davantage que pour les autres enfants, la vie de tous les jours et les occupations les plus simples étaient une grande source d’inspiration pour Harmen3. Pour dessiner naer t leven (sur le vif) de pareils moments, il se servait principalement de la sanguine et de la pierre noire, n’utilisant la plume et à l’encre que lorsqu’il puisait dans son imagination4. La sanguine qu’il a employée dans cette feuille lui a permis de représenter Jenneken d’une façon délicate. Le choix inhabituel du vélin comme support trahit la valeur spéciale que l’artiste attachait à ce portrait de sa sœur de treize ans5.

MvS

1« Aujourd’hui, moins d’une centaine de dessins des Ter Borch se trouvent en dehors du Cabinet des estampes d’Amsterdam. » ; voir McNeil Kettering 1988, p. XXIX.

2« Tous les membres artistiques de la famille Ter Borch se sont stimulés les uns les autres et parfois, semble-t-il, ils travaillaient à leurs dessins côte à côte. La relation artistique entre Harmen et Gesina paraît avoir été particulièrement étroite. » ; voir McNeil Kettering 1988, p. 195.

3McNeil Kettering 1988, p. 194.

4Ibidem.

5Outre le dessin discuté ici, Harmen n’aurait réalisé qu’un autre dessin sur vélin ; voir McNeil Kettering 1988, H 48, p. 218 – Rijksmuseum, Amsterdam, inv. RP-T-1887-A-1295.