1. Jean-Achille Benouville

Paris 1815 – 1891 Paris

Vue du lac de Nemi avec la ville de Genzano à l’arrière-plan, vers 1845

Parmi les vues peintes ou dessinées par Benouville en Italie, le lac de Nemi et les environs de la ville de Genzano font figure de motifs privilégiés1. Le lieu, situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Rome, était apprécié dès l’Antiquité par les Patriciens romains comme lieu de villégiature. Preuve de son attrait toujours vivace aux XVIIIe et XIXe siècles, il fut également immortalisé à de nombreuses reprises par John Robert Cozens (1752-1797)2 et William Turner (1775-1851)3. Contrairement à ses aînés britanniques, qui avaient choisi des points de vue surplombant le lac, Benouville opte pour un angle de vue tout à fait inhabituel dans cette aquarelle aux dimensions généreuses.

Cette vue du lac de Nemi est avant tout prétexte à une magistrale étude d’arbres. La silhouette massive du chêne vert accroché à la berge du lac, qui occupe les trois-quarts supérieurs de la feuille, organise véritablement la composition4. Jouant avec une grande facilité d’une technique graphique sèche – la pierre noire – qu’il allie à l’aquarelle et à la gouache, Benouville détaille la texture rugueuse de l’écorce, sur le tronc et les branches. Il réserve le tracé à la plume, souple et calligraphique, pour le contour des masses du feuillage, notées dans une grande économie de moyens, la structure des plans étant avant tout explicitée par les nuances d’aquarelle. Des touches de gouache blanche modèlent les volumes dans la lumière intense du Midi et composent un clair-obscur. Comme lorsqu’il travaille au lavis, Benouville construit les éléments principaux de son paysage au moyen de larges aplats de couleurs, fondus ici avec subtilité dans un même camaïeu, vert-brun pour la berge, gris-vert pour le feuillage. L’artiste confère en outre une dynamique certaine à sa composition en construisant son premier plan en repoussoir, sur des lignes obliques. Elles guident le regard jusqu’au bord de l’eau et contrastent avec l’horizontale sereine de la berge opposée, à l’arrière-plan. Benouville évoque encore la vitalité sauvage de ce coin de nature en représentant le tronc de l’arbre déraciné, tombé dans le lac, sa souche exposée, et l’amas de rochers qui a dévalé la berge abrupte. Il traite ce dernier comme un assemblage de formes géométriques simples, à l’instar des maisons représentées dans son Paysage d’Italie avec un village perché (voir cat. n° 2), réalisé pendant cette même longue période italienne.

Oscillant entre construction classique du paysage et sensibilité naturaliste, cette aquarelle de Benouville est empreinte de son expérience formatrice auprès de Camille Corot (1795-1876) (voir cat. n° 16), avec qui il travaille pendant plusieurs mois, à Rome, en 1843. Son intérêt particulier pour les motifs d’arbres remarquables, qui le rapproche notamment de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819)5, transparaît dans les nombreuses feuilles qu’il a consacrées à l’étude de ce sujet, et dont la Fondation Custodia a la chance de conserver un exemple6. MNG

1Marie-Madeleine Aubrun recense, dans son catalogue raisonné des peintures de Benouville, une Vue prise entre Ariccia et Genzano et Substructions au bord du lac de Nemi (nos 55 et 121, non localisées par l’auteur), ainsi que deux vues du lac de Nemi (nos 262 et 263 bis, non localisées par l’auteur), quant aux dessins, elle liste une Vue prise à Genzano, datée d’octobre 1840 (n° D. 10, non localisée par l’auteur), un Lac de Nemi (n° D. 76, localisation inconnues de l’auteur), ainsi que les trois autres vues dessinées de Nemi qui avaient figuré à la vente d’atelier sous les nos 209, 217 et 233, cataloguées par l’auteur respectivement nos D. 422, D. 426 et D. 432. Marie-Madeleine Aubrun, Achille Benouville. 1815-1891, catalogue raisonné de l’œuvre, Paris, 1987.

2Citons par exemple Lake Nemi, vers 1783-1788, Londres, Tate Britain, inv. N05807 (aquarelle ; 445 × 632 mm) ; http://www.tate.org.uk/art/artworks.

3Notamment Lake Nemi, vers 1840, Londres, The British Museum, inv. 1958,0712.444 (aquarelle ; 347 × 515 mm) ; Kim Sloan, J.M.W Turner : Watercolours from the R.W. Lloyd Bequest to the British Museum, Londres, 1998, n° 44 ; http://www.britishmuseum.org/research/collection_online/search.aspx.

4Deux dessins à la plume, datés 1857, représentent également une berge du lac de Nemi avec un arbre monumental au premier plan dans une collection particulière (respectivement 170 × 255 mm et 240 × 355 mm). Le second est en réalité une reprise très exacte du premier, dans un format plus large. Benouville a gravé le premier à l’eau-forte ; Aubrun 1987, op. cit. (note 1), nos D. 48 et D. 49, repr., et G. 20 pour la gravure. Il a aussi isolé le motif particulier de ce même arbre, avec sa branche tortueuse rasant la surface de l’eau, dans un autre dessin réalisé vers 1856-1857 dans une collection particulière (lavis brun ; 280 × 370 mm) ; ibid.., n° D. 50). Enfin, il a dessiné une autre vue des rives du lac, une fois encore avec un très grand arbre au bord de l’eau (pastel et gouache ; 449 × 638 mm) ; ibid., n° D. 405 (non localisé par l’auteur).

5La Fondation Custodia possède une importante étude d’arbre de Valenciennes, Dessinateur sous un arbre dans le Bois de Boulogne, vers 1773, inv. 2000-T.15 (pierre noire ; 306 × 192 mm) ; Jean Penent, Luigi Gallo et al., « La Nature l’avait créé peintre » Pierre-Henri de Valenciennes 1750-1819, Paris, 2003, p. 207, fig. 1.

6Paris, Fondation Custodia, inv. 1977-T.6 (plume et encre brune, sur une esquisse au graphite ; 275 × 325 mm. Inscrit, en haut à gauche, à l’encre brune : « Bas-breau - Fontainebleau 1837 »).

7Marie-Madeleine Aubrun recense, dans son catalogue raisonné des peintures de Benouville, une Vue prise entre Ariccia et Genzano et Substructions au bord du lac de Nemi (nos 55 et 121, non localisées par l’auteur), ainsi que deux vues du lac de Nemi (nos 262 et 263 bis, non localisées par l’auteur), quant aux dessins, elle liste une Vue prise à Genzano, datée d’octobre 1840 (n° D. 10, non localisée par l’auteur), un Lac de Nemi (n° D. 76, localisation inconnues de l’auteur), ainsi que les trois autres vues dessinées de Nemi qui avaient figuré à la vente d’atelier sous les nos 209, 217 et 233, cataloguées par l’auteur respectivement nos D. 422, D. 426 et D. 432. Marie-Madeleine Aubrun, Achille Benouville. 1815-1891, catalogue raisonné de l’œuvre, Paris, 1987.

8Citons par exemple Lake Nemi, vers 1783-1788, Londres, Tate Britain, inv. N05807 (aquarelle ; 445 × 632 mm) ; http://www.tate.org.uk/art/artworks.

9Notamment Lake Nemi, vers 1840, Londres, The British Museum, inv. 1958,0712.444 (aquarelle ; 347 × 515 mm) ; Kim Sloan, J.M.W Turner : Watercolours from the R.W. Lloyd Bequest to the British Museum, Londres, 1998, n° 44 ; http://www.britishmuseum.org/research/collection_online/search.aspx.

10Deux dessins à la plume, datés 1857, représentent également une berge du lac de Nemi avec un arbre monumental au premier plan dans une collection particulière (respectivement 170 × 255 mm et 240 × 355 mm). Le second est en réalité une reprise très exacte du premier, dans un format plus large. Benouville a gravé le premier à l’eau-forte ; Aubrun 1987, op. cit. (note 1), nos D. 48 et D. 49, repr., et G. 20 pour la gravure. Il a aussi isolé le motif particulier de ce même arbre, avec sa branche tortueuse rasant la surface de l’eau, dans un autre dessin réalisé vers 1856-1857 dans une collection particulière (lavis brun ; 280 × 370 mm) ; ibid.., n° D. 50). Enfin, il a dessiné une autre vue des rives du lac, une fois encore avec un très grand arbre au bord de l’eau (pastel et gouache ; 449 × 638 mm) ; ibid., n° D. 405 (non localisé par l’auteur).

11La Fondation Custodia possède une importante étude d’arbre de Valenciennes, Dessinateur sous un arbre dans le Bois de Boulogne, vers 1773, inv. 2000-T.15 (pierre noire ; 306 × 192 mm) ; Jean Penent, Luigi Gallo et al., « La Nature l’avait créé peintre » Pierre-Henri de Valenciennes 1750-1819, Paris, 2003, p. 207, fig. 1.

12Paris, Fondation Custodia, inv. 1977-T.6 (plume et encre brune, sur une esquisse au graphite ; 275 × 325 mm. Inscrit, en haut à gauche, à l’encre brune : « Bas-breau - Fontainebleau 1837 »).