45. Adriaen van der Werff

Kralingen-Ambacht 1659 – 1722 Rotterdam

Un enfant jouant du tambour à friction

On voit immédiatement ce qui a pu séduire le dessinateur chez un tel jeune homme. D’un regard malicieux, il associe le spectateur à son amusement. Il est tout à son aise avec son rommelpot, qu’il tient fermement sous son bras gauche pour pouvoir danser au rythme des sons qu’il produit. Pour cela, nul besoin d’avoir l’oreille très musicale. Cet instrument folklorique d’autrefois, appelé aussi tambour à friction, était un pot de terre cuite couvert d’une vessie de cochon, dans laquelle on faisait passer un bâton en osier. Il suffisait ensuite de tourner le bâton avec une main humide pour produire son bruit de scie ou de meule caractéristique. À la Saint-Martin, les soirs de Nouvel An, les jours de l’Épiphanie ou de Mardi gras, garçons et filles sortaient dans la rue avec leur rommelpot et frappaient aux portes des maisons pour réclamer des friandises et un peu d’argent de poche1. Le joyeux drille de notre feuille ne faisait pas autre chose si l’on en juge, outre la présence de l’instrument, par son foulard noué autour du cou, qui n’était pas de trop quand les enfants paradaient en hiver. La cuillère en bois – symbole de la sottise – pourrait indiquer que la scène se passe pendant le carnaval.

Frits Lugt considérait Adriaen van der Werff, peintre à la cour de l’électeur Johann Wilhelm von der Pfalz entre 1697 et 1716, comme l’auteur du dessin. Une attribution (« Le Chevalier Van der Werff ») qui semble avoir été admise dès 1769. Il est en effet très vraisemblable que notre feuille soit le dessin de la vente aux enchères de J. G. Cramer décrit comme représentant « un garçon dansant et jouant au rommelpot, habillé de façon amusante, à la pierre noire et lavé d’encre de Chine »2. Cependant, elle a aussi été regardée comme une œuvre possible de Caspar Netscher (1635/1636-1684)3, sans doute à cause des trois dessins de têtes d’enfants – pareillement esquissées en touches grises rapides – de la collection du musée du Louvre4. Fait notable, c’est Lugt lui-même qui a avancé le nom de Netscher pour les feuilles du Louvre, ne les considérant plus comme de la main de Van der Werff. Il n’en demeure pas moins que ce dernier a réalisé quelques dessins d’enfants jouant gaiement du tambourin, qui présentent de nombreuses analogies avec ce joueur de rommelpot5. L’un d’eux a été utilisé pour un tableau conservé à Munich représentant un groupe d’enfants jouant de la musique devant la porte d’une maison6. La figure en bas à droite est une reprise incontestable de notre dessin.

MvS

1Cornelis Saftleven, Joueur de rommelpot entouré d’enfants, 28,5 × 20 cm, Berlin, Kupferstichkabinett Museen zu Berlin, inv. 13 801, voir Wolfgang Schulz, Cornelis Saftleven (1607-1681). Leben und Werke, Berlin/New York, 1978, n° 217.

2« Een Jongen danzende en speelende op de rommelpot, verders potzig toegetakelt, met zwart Kryt, en O.I. inkt gewassen. » ; voir provenance.

3Cat. exp. Amsterdam 1973, n° 109 ; cat. exp. Amsterdam 1997, sous le n° 45 (fig. 6).

4Frits Lugt, Inventaire général des dessins des écoles du Nord, École hollandaise, Paris, musée du Louvre, vol. II (1931), nos 498-500 ; inv. 23237.QUATER, Recto, 23237.BIS, Recto, 23237.TER, Recto.

5Barbara Gaehtgens, Adriaen van der Werff 1659-1722, Munich, Deutscher Kunstverlag, 1987, nos 9 A c et 11 c ; Courtauld Gallery, Londres, inv. D.1952.RW.2872.

6Bayerische Staatsgemäldesammlungen – Alte Pinakothek, Munich, inv. 264 ; voir Gaehtgens 1987, n° 9A, p. 206-207.